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« Notre défense commence au large »

BARLUET (Alain), " Amiral Christophe Prazuck : « Notre défense commence au large », in Le Figaro, 26 février 2017.

Article mis en ligne le 27 février 2017
dernière modification le 11 juin 2017

par Le Figaro

Le Figaro - Assiste-t-on à une « maritimisation » des menaces et des crises ?

Amiral Christophe PRAZUCK (1) - Oui et non. Les grandes crises naissent généralement sur terre. La nouveauté, c’est la place croissante des océans dans l’affirmation de la puissance : course aux armements navals, comportements provocateurs, remise en cause du droit international. Parallèlement, l’économie mondiale est toujours aussi dépendante des flux maritimes, particulièrement vulnérables, notamment dans les détroits comme Ormuz et Bab-el-Mandeb. Les mers, qui ont longtemps été un obstacle infranchissable sauf aux marins professionnels, sont devenues des voies de transits massifs. Nous sommes ainsi devenus mitoyens de crises éloignées. Mitoyens car nous subissons leurs soubresauts dramatiques (immigration, terrorisme) ; mitoyens car c’est par les océans que nous pouvons déployer sans entraves les forces qui nous permettent d’agir face à ces crises.

  • La France est engagée simultanément sur plusieurs fronts. Comment la Marine fait-elle face à l’ensemble de ses missions ?

Nous ne choisissons pas nos missions : notre engagement sur mer a toujours été dicté par la géographie, l’Histoire et la volonté politique. La géographie, car nous devons contrôler l’espace maritime français, plus vaste que le Canada. Or, ce qui n’est pas contrôlé est pillé, puis contesté. La géographie encore avec notre extrême dépendance aux matières premières et aux produits manufacturés importés. L’Histoire, par l’indépendance stratégique que la dissuasion procure à notre pays. L’histoire dans laquelle s’ancrent nos alliances : nous opérons chaque jour avec nos partenaires privilégiés, en particulier de l’OTAN et de l’UE. Nous participons à deux des trois opérations européennes, Atalanta contre la piraterie et Sophia contre le trafic de migrants. L’Histoire enfin avec les pays du golfe de Guinée, que nous accompagnons dans leurs efforts contre une piraterie en pleine expansion, qui affecte leur développement économique.

Enfin, notre engagement est affaire de volonté politique. Celle de ceux qui nous ont désignés comme ennemis et nous ont frappés sur notre sol. Face à eux, notre défense commence au large : elle exige d’agir à la fois sur notre territoire (10% des marins protègent nos emprises et nos approches maritimes) aux sources de la menace, et en mer. Depuis les premiers attentats, nos bâtiments, nos sous-marins, nos aéronefs sont engagés contre Daech. Le porte-avions Charles-de-Gaulle, objet légitime de fierté des Français, y a contribué de façon significative trois fois en deux ans. Nous faisons face avec pugnacité et détermination à des sollicitations plus nombreuses. Le livre blanc de 2013 prévoyait deux théâtres permanents : nous en sommes à cinq depuis trois ans. La réactualisation volontariste de la loi de programmation militaire, décidée par le président et portée par le ministre, a permis de tenir cet engagement mais son intensité use notre capital humain et technique qu’il faut régénérer rapidement.

  • Quelles sont vos priorités ?

D’abord les marins. Il faut des années pour les former. J’ai besoin de marins endurants et jeunes : la moyenne d’âge des 39.000 marins est de 30 ans. J’ai besoin de marins d’une grande autonomie technique : je ne parachute pas le service de dépannage sur un sous-marin en patrouille. Je dois donc recruter, former, fidéliser, en permanence. Chaque marin compte.

Ma seconde priorité : les bâtiments de combat, les sous-marins, les aéronefs et les équipements des forces spéciales navales. Nos bateaux tournent comme une voiture qui ferait 250.000 km par an pendant trente ans. Ils requièrent un entretien poussé. Après trente ans de bons et loyaux services, il faut les remplacer car les aléas techniques se multiplient et les systèmes de combat deviennent obsolètes. Le renouvellement de nos moyens de combat a commencé en 2005 et s’achèvera vers 2030. Face à la résurgence d’une menace sous-marine forte, avec les frégates FREMM et FTI, avec les sous-marins d’attaque Barracuda, nous mettons l’accent sur les capacités de lutte sous la mer. Nous devons aussi rapidement remplacer les patrouilleurs qui contrôlent l’espace maritime français, les pétroliers qui ravitaillent les forces à la mer, les hélicoptères légers qui les éclairent, ainsi que nos moyens de guerre des mines.

  • Le budget actuel permet-il d’assurer les missions tout en renouvelant les moyens ?

Face à des engagements durablement supérieurs aux hypothèses du dernier livre blanc, il existe un large consensus pour augmenter en conséquence l’effort de défense jusqu’à 2% du PIB. Il nous permettra de conduire le renouvellement de nos moyens, en particulier ceux de la dissuasion, de les adapter aux futures menaces. C’est aujourd’hui que nous nous préparons à affronter les conflits de demain.

Alain Barluet

__________

  1. L’Amiral Christophe PRAZUCK est le Chef d’État-major de la Marine (CEMM) depuis le 13 juillet 2016.

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