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Le Duché de Bourgogne (XIVe-XVe siècles)
Article mis en ligne le 9 mai 2017
dernière modification le 4 janvier 2018

par Nghia NGUYEN

De l’apanage à un véritable État

De 1342 à 1477, les destinées du duché de Bourgogne se sont confondues avec une dynastie de princes aussi ambitieux qu’ils furent brillants. Issue d’une branche cadette des Capétiens-Valois, ils conjuguèrent à la fois une politique territoriale d’expansion et un sens politique aigu, qui les amena à peser directement dans les affaires de la monarchie française durant une bonne partie du XVe siècle. D’un apanage à l’origine, ils créèrent en un peu plus d’un siècle un véritable État entre le royaume de France et le Saint-Empire sur l’ancienne Lotharingie. Cette période des « Grands Ducs de Bourgogne » a aussi correspondu à un siècle brillant aux plans culturel et artistique.

L’aventure commence avec Philippe le Hardi, fils du Roi Jean II le Bon (le vaincu de Poitiers) qui, en 1364, reçoit la Bourgogne en échange de la Touraine qu’il avait précédemment reçu à titre d’apanage. Dans la tradition de la monarchie française, l’apanage était ce don d’un grand fief que le Roi faisait pour ses fils écartés de la succession de la Couronne. Ce fief avait pour vocation de leur permettre de tenir leur rang de prince de sang. De Philippe le Hardi jusqu’à Charles le Téméraire, en passant par Jean Sans Peur et Philippe le Bon, le Duché de Bourgogne allait connaître une croissance territoriale et un éclat qui devait en faire, selon les contemporains, le « Grand Duché d’Occident » au moment où le royaume de France devait connaître l’une des pires périodes de son histoire.

La Guerre de Cent Ans et la guerre civile

La période qui voit la fortune politique des Grands Ducs correspond, en effet, à ce long conflit qui oppose à la fin du Moyen Âge le royaume de France à celui d’Angleterre. À la lutte étrangère se superposent de vifs affrontements internes à la dynastie des Valois. Ces affrontements naissent de la folie du Roi Charles VI à partir de 1392, et de l’affaiblissement de l’autorité royale qui en résulte. Cet faiblesse du pouvoir royal fait le lit d’une lutte d’influence, qui se transforme rapidement en opposition irréductible entre les maisons d’Orléans et de Bourgogne. La confrontation atteint un point de non retour le 23 novembre 1407 lorsque, sur ordre du Duc Jean sans Peur, le Duc d’Orléans, Louis, frère de Charles VI, est assassiné. À ce crime, qui plonge le royaume dans une terrible guerre civile, répond en retour le meurtre du Duc de Bourgogne le 10 septembre 1419 à Montereau-Fault-Yonne.

Loin de tout régler, l’assassinat de Montereau jette le fils de Jean sans Peur, le Duc Philippe le Bon, dans l’alliance anglaise. C’est le traité de Troyes (mai 1420) où la Bourgogne se détache du dauphin Charles (futur Charles VII) pour reconnaître la dynastie de Lancastre comme héritière de Charles VI. Le traité de Troyes scelle une alliance mortelle pour les Capétiens Valois. Il faut attendre le traité d’Arras de 1435 où l’élan donné par Jeanne d’Arc (1412/1431), conjugué à l’affaiblissement d’Henri VI, permet à Charles VII de détacher Philippe le Bon de l’alliance anglaise. Ce traité entérine, cependant, une dangereuse indépendance politique du Duché de Bourgogne.

Lorsque Charles le Téméraire (1433-1477) succède à son père en 1467, le Duché - parti d’un apanage en 1364 - s’est depuis transformé en un véritable État réunissant des terres allant des actuels Pays-Bas au nord jusqu’au Jura au sud. Certes cet ensemble territorial reste hétérogène, et les points communs peu nombreux selon que l’on est sujet flamand ou comtois du duc de Bourgogne. Seule la fidélité dynastique constitue le ciment de l’ensemble, et c’est justement cette loyauté qui devait être mise à rude épreuve sous le règne de Charles le Téméraire.

 

Le Duc Charles le Téméraire par Rogier Van Der WEYDEN (1460)

 

Charles le Téméraire : de l’apogée à la chute

Des quatre Grands Ducs, le dernier est, très certainement, le plus connu, celui dont la postérité a le mieux entretenu la réputation. Fils de Philippe le Bon et d’Isabelle de Portugal, Charles le Téméraire est celui qui devait porter l’État bourguignon au sommet de sa gloire, alimentant la logique ultime amorcée par ces prédécesseurs, à savoir la prétention au trône de France. À cette prétention, Charles y ajouta aussi une prétention au trône impérial, car nombre de ses possessions étaient aussi terres d’Empire. Mais c’est également sous son règne que s’acheva l’aventure bourguignonne, et que l’oeuvre patiemment construite depuis 1364 fut anéantie sous les murs de Nancy.

Prince instruit et cultivé, curieux et à la personnalité complexe, Charles fut aussi un homme coléreux, impulsif et porté à l’aveuglement dans des situations qui auraient réclamées davantage de sang froid. John BARTIER et Henri DUBOIS, deux de ses biographes, montrent combien les plus belles qualités du dernier Duc de Bourgogne pouvaient être anihilées par son tempérament emporté, le privant de toute écoute raisonnée et de tout conseil de sagesse. Féru de tactique militaire, il est ainsi vaincu dans la plupart des batailles que son règne et sa personnalité suscitent.

Les ennemis du Téméraire sont ainsi nombreux. Le premier d’entre eux est incontestablement le Roi Louis XI (1423-1483). En effet, la monarchie des Valois accepte mal la montée en puissance du vassal bourguignon en passe de s’affranchir, de génération en génération, de sa tutelle d’origine. Avec les deux derniers ducs, la Bourgogne est devenue une puissance politique et économique européenne incontournable. Charles le Téméraire cherche, par ailleurs, à ressusciter l’alliance anglo-bourguignonne ce qui ne peut qu’alimenter l’hostilité profonde du Roi de France. Son ambition impériale soulève aussi de grandes inquiétudes. L’affaire des seigneuries d’Alsace (1474) et du Duché de Lorraine cristallisent l’opposition des cantons suisses voisins. Farouchement attachés à leur indépendance politique, heurtés par la répression ducale en Alsace et soutenus par les subsides de Louis XI, les Confédérés suisses décident de mettre sur pied une coalition anti-bourguignonne.

Trop sûr de lui et sous-estimant la connaissance du terrain de ses adversaires, le Duc Charles est vaincu à deux reprises, d’abord à Grandson en mars 1476, ensuite à Morat en juin de la même année. À chaque fois, il commet les mêmes erreurs et se laisse surprendre. Par deux fois, l’ordre donné à son artillerie de reculer en pleine bataille engendre le désordre et finit par provoquer la panique dans ses rangs. À Grandson, la défaite est cuisante avec la prise par les Suisses du camp bourguignon, de toute l’artillerie (une arme fort onéreuse à l’époque) et d’une partie du trésor ducal. À Morat, cependant, c’est la plus grande partie de l’armée bourguignonne qui reste sur le champ de bataille. Confrontation beaucoup plus meurtrière, Morat aurait demandée un répit pour la reconstitution des forces, ce que Charles le Téméraire ne s’accorde pas, omnibulé qu’il est par le désir de prendre sa revanche. L’épilogue se noue donc quelques mois plus tard dans les environs de Nancy.

La fin de l’État bourguignon et la naissance de nouvelles rivalités

Le Duché de Lorraine constitue, avec le Duché de Bar, une enclave empêchant la liaison entre les possessions septentrionnales de l’État bourguignon et le Duché de Bourgogne. Sa valeur stratégique explique que Louis XI et le Duc René s’acharnent à vouloir le soustraire à l’influence bourguignonne. Le 6 octobre 1476, le Duc René parvient à reprendre sa capitale, Nancy, ce qui ulcère plus que jamais Charles le Téméraire. Décidé d’en finir, le Duc de Bourgogne engage une bataille désespérée non loin de la ville le 5 janvier 1477. En plein hiver avec des forces inférieures en nombre - dont certains contingents passèrent à l’ennemi en pleine bataille -, l’armée bourguignonne non remise encore de la saignée de Morat fut taillée en pièces. Charles le Téméraire fut, lui-même, tué au cours de l’affrontement d’un coup de hallebarde à travers le visage. Son corps, dépouillé et en partie dévoré par les loups, ne fut retrouvé que deux jours plus tard.

La mort du quatrième Duc de Bourgogne de la maison des Valois bouleverse profondément l’équilibre politique et dynastique en Europe occidentale. Désormais, le royaume de France est libéré de la menace du puissant État bourguignon qui se détachait de lui et grandissait à ses frontières. Tout à sa joie d’apprendre la défaite de son rival, Louis XI se lance à la conquête du Duché de Bourgogne, désormais incapable de se défendre. Cette brutale annexion jette l’unique héritière de Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne, dans les bras de Maximilien Ier de la maison de Habsbourg. Le mariage - qui eut lieu huit mois seulement après la bataille de Nancy - détache définitivement une grande partie des territoires bourguignons de la sphère d’influence française. Couronné Empereur en 1508, Maximilien de Habsbourg fait tomber l’ensemble des Pays-Bas bourguignons ainsi que la Comté, et d’autres territoires, dans l’escarcelle de l’Empire. Cet héritage de la bataille de Nancy fonde, par conséquent, une nouvelle rivalité entre le royaume de France et la maison de Habsbourg. 

Combattant au XVe siècle

 

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Bibliographie

  • BARTIER (John), Charles le Téméraire, Bruxelles, Éditions Arcade, 1970, 300 p.
  • CALMETTE (Joseph), Les grands ducs de Bourgogne, Albin Michel, 1949, 400 p.
  • DUBOIS (Henri), Charles le Téméraire, Fayard, 2004, 544 p.


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