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La prise d’otages de Münich (1972)
Article mis en ligne le 19 août 2017
dernière modification le 20 août 2017

par Nghia NGUYEN

Un membre du commando palestinien à Münich pendant la prise d’otages

 

De la question israélo-arabe à la question israélo-palestinienne

La Guerre des Six jours (juin 1967) transforme radicalement la géopolitique du Proche-Orient. Du fait de l’éclatante victoire israélienne, la question posée est moins celle de l’existence d’Israël que celle des territoires désormais occupés par l’État hébreu. La situation n’est d’autant plus la même pour les Arabes, que la puissance militaire israélienne ôte dorénavant tout espoir de régler le différend par la guerre, nonobstant la difficile confrontation du Yom Kippour pour les Israéliens (octobre 1973). Cependant, l’impuissance des ennemis d’Israël à le faire disparaître de la carte du Proche-Orient a pour conséquence l’abandon progressif de la question palestinienne. À la question israélo-arabe se substitue donc une question plus spécifiquement israélo-palestinienne.

Issu du Fatah, le groupe terroriste Septembre noir naît dans ce contexte, alors que le sort du peuple palestinien tend à se diluer dans le nouvel équilibre géopolitique. Dispersés dans tout le Proche-Orient, les Palestiniens - en plus de l’hostilité israélienne - se heurtent également à la répression des pays arabes, notamment en Jordanie. Prônant une lutte armée qui doit dorénavant frapper Israël partout dans le monde, les membres de Septembre noir s’organisent en petites cellules autonomes, dont la stratégie est d’attirer l’attention sur la cause palestinienne à travers des actions armées spectaculaires.

La délégation olympique israélienne aux Jeux de 1972, en Allemagne, apparaît donc rapidement comme un objectif majeur. L’action sera d’autant plus marquante dans les esprits, que ce sont les premiers Jeux olympiques organisés en Allemagne fédérale au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. À ce titre, le souvenir des Jeux olympiques de 1936, accueillis et organisés par le Reich nazi, devait être effacé. La portée symbolique d’une action armée anti-israélienne ne pouvait mieux entrer en résonnance avec l’Histoire.

L’attaque des feddayins (1)

Alors que les Jeux olympiques sont ouverts dans la ville de Münich depuis plusieurs jours, un commando palestinien de huit membres pénètre dans le pavillon israélien tôt en ce matin du 5 septembre. Les feddayins sont en tenue de sport, armés de fusils d’assaut, d’armes de poing et de grenades. Ils surprennent les athlètes israéliens, et les maîtrisent au cours d’une première lutte où deux sportifs juifs sont abattus. C’est le commencement de l’opération « Ikrit-Biram » du nom de deux villages palestiniens dont les habitants furent chassés par les Israéliens lors de la première guerre israélo-arabe.

Neuf otages sont désormais aux mains du commando, qui réclame d’emblée à Israël la libération de prisonniers palestiniens. Le refus sans ambiguïté du Premier ministre israélien, Golda MEIR (1898-1978) de toute négociation avec les terroristes, met dans l’impasse le gouvernement allemand, qui se voit contraint d’agir et de régler la crise par lui-même. Le commando, qui demande son exfiltration vers l’Égypte, est finalement convoyé par hélicoptères avec ses otages jusqu’à la base militaire aérienne de Fürstenfeldbruck. C’est ici qu’en soirée la police allemande décide de lui tendre un piège.

Cependant, le piège (2) est, non seulement, rapidement éventé par le commando (qui décide de remonter dans les hélicoptères), mais l’opération qui s’ensuit tourne au carnage. À 23.00, les premiers tirs des snipers de la Polizei marquent le début d’un combat de près de trois heures, au cours duquel cinq terroristes sont abattus et trois autres sont capturés, mais un policier allemand est tué et aucun otage israélien n’a survécu. Encore aujourd’hui, on ne sait pas exactement si ces derniers tombèrent uniquement sous des balles palestiniennes...

 

Deux policiers allemands aux abords du pavillon olympique israélien

 

Un cas d’école

L’opération allemande est catastrophique. Elle est, depuis, érigée en cas d’école pour toutes les unités antiterroristes car au-delà du traumatisme moral pour Israël et le monde entier, le massacre de Münich met en lumière l’impréparation totale de la Polizei face à ce genre d’attaque. Et au-delà de la seule police allemande, les forces de sécurité intérieure occidentales comprirent aussi l’intérêt de devoir mettre rapidement sur pied des unités spéciales, spécifiquement dédiées aux prises d’otages et à la lutte antiterroriste.

Car, à Münich, s’est accumulée la somme de toutes les défaillances mortelles, de tout ce qu’il ne fallait pas faire, à commencer par les lacunes du renseignement. Tout au long de la crise, les autorités allemandes se sont trompées sur le nombre de terroristes, découvrant au dernier moment qu’elles avaient à faire à huit et non à quatre ou cinq hommes. Les tireurs d’élite de la police n’avaient aucune expérience de ce genre de situation, hormis des compétitions sportives réalisées de jour... Ils n’avaient pas de liaisons radio pour coordonner leurs tirs, et - facteur aggravant - leur action fut déclenchée de nuit alors qu’ils ne disposaient d’aucun appareil de vision nocturne, surtout après que les terroristes eurent détruit les projecteurs de l’aéroport. Dans ces conditions, on comprendra qu’il fut très difficile, voire impossible, pour les policiers allemands d’atteindre l’objectif majeur de ce genre d’opération, à savoir sauver la vie des otages tout en éliminant les feddayins.

En avril 1973, le Chancelier allemand Willy BRANDT (1913-1992) décida la création d’une unité entièrement nouvelle, spécialement destinée à la lutte antiterroriste et aux prises d’otages : le GSG 9. L’année suivante, la France créa le GIGN. Encore de nos jours, ces deux unités collaborent régulièrement, échangeant leurs expériences et élargissant leurs savoir-faire à la libération d’otages dans des lieux difficiles et confinés tels les avions ou les navires en pleine mer. Pouvant intervenir localement, elles ont surtout une vocation nationale et internationale contrairement à d’autres unités tels que les SWAT américains, plus orientés vers l’assaut urbain local. Aujourd’hui, le GSG 9 et le GIGN sont incontestablement deux références majeures du contre-terrorisme, internationalement reconnues en la matière.

Au lendemain de la prise d’otages de Münich, l’État hébreu déclencha des actions de représailles contre les Palestiniens (opération « Colère de Dieu »). Des camps de réfugiés furent bombardés, et le Mossad se lança dans une vaste opération d’élimination des membres de Septembre noir. Le film de Steven SPIELBERG, Münich (2005), retrace cette guerre secrète et sans merci que les Israéliens livrèrent aux Palestiniens pour venger leurs onze athlètes assassinés.

  1. De l’arabe feda’i : « celui qui se sacrifie ».
  2. Il s’agissait d’attirer les terroristes vers un avion vide et tenu à l’écart afin que des tireurs d’élite puissent les abattre.

Insigne du GSG9

__________

Bibliographie

  • CARRÉ (Olivier), Septembre noir. Refus arabe de la résistance palestinienne, Éditions Complexe, réed. 2015, 160 p.
  • CARRÉ (Olivier), L’idéologie palestinienne de résistance, Presses de Sciences Po, 1972, 168 p.


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