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La bataille d’Azincourt (1415)
Article mis en ligne le 25 septembre 2017
dernière modification le 4 janvier 2018

par Nghia NGUYEN

La bataille d’Azincourt (miniature extraite des Chroniques d’Enguerrand de Monstrelet, XVe siècle)

 

La campagne militaire qui devait aboutir à la bataille d’Azincourt s’inscrit dans un conflit plus large entre le royaume de France et celui d’Angleterre : la Guerre de Cent Ans. Conflit en fait plus étendu dans la durée, dont la dimension féodale à l’origine engendre un siècle plus tard un véritable choc proto-national entre les deux États, la Guerre de Cent Ans fut une succession de trêves et de « chevauchées ». Ces dernières désignent le débarquement d’une force anglaise sur le continent, suivi de razzias puis d’un rembarquement, notamment par le port de Calais tête de pont anglaise au nord du royaume capétien.

La guerre étant saisonnière au Moyen Âge, les combats étaient limités. Ils consistaient essentiellement en des embuscades et des pillages. Les grandes batailles – celles engageant plusieurs milliers de combattants de part et d’autre – étaient rares. Quant aux pertes humaines, elles pourraient paraître dérisoires eu égard à celles de nos batailles modernes et contemporaines. C’est que dans la guerre médiévale il est plus important de capturer et de soumettre à rançon (1) que de livrer une bataille d’anéantissement. Ces quelques idées sont à retenir pour mesurer la particularité de la bataille d’Azincourt qui fut l’une des plus importantes batailles de la Guerre de Cent Ans.

La chevauchée lancastrienne de 1415

Encore jeune lorsqu’il monte sur le trône (1413), Henri V de Lancastre (1386-1422) est un prince particulièrement capable aux plans politique et militaire. D’un caractère froid et ambitieux, formé lors des rudes campagnes galloises, il développe une politique continentale agressive, revendiquant plus que jamais la couronne de France. C’est en effet avec lui que le projet de double monarchie - à savoir la réunion sur une même tête des couronnes d’Angleterre et de France – allait connaître sa plus forte impulsion.

Parvenant à lever régulièrement l’impôt auprès de ses sujets, Henri V met sur pied une armée prête à débarquer en Normandie à l’été 1415. En cela, il est aidé par l’affaiblissement de son adversaire. Le Roi Charles VI (1368-1422) a en effet sombré dans la folie à partir de 1392, et n’est plus en mesure d’exercer la réalité du pouvoir. Le royaume de France est donc déchiré par les rivalités des grandes maisons de sang royal (le gouvernement des oncles), dont émergent plus particulièrement celle d’Orléans et celle de Bourgogne. L’assassinat du Duc Louis d’Orléans (1407) - commandité par le Duc de Bourgogne Jean sans Peur (1371-1419) - déclenche une terrible guerre civile entre deux factions : les Armagnacs et les Bourguignons.

Jouant des ambitions mais aussi des faiblesses des deux camps (l’un étant incapable de l’emporter décisivement sur l’autre) ; jouant aussi de l’épuisement général du royaume, Henri V débarque dans le Pays de Caux en août 1415. Il se dirige immédiatement sur la ville d’Harfleur, désirant contrôler un nouveau port sur les côtes françaises. La cité normande lui résiste durant un long mois, mais l’absence de tous secours finit par avoir raison du moral de ses défenseurs. Elle tombe le 14 septembre. Cette première victoire n’est cependant pas décisive, loin de là. Le roi anglais a perdu beaucoup de temps alors que la mauvaise saison approche. Désormais, l’objectif n’est plus de marcher sur Paris, mais de gagner Calais où l’armée sera protégée, ravitaillée et où une flotte permettrait un rembarquement vers l’Angleterre.

 

Reconstitution d’un homme d’armes démonté XIVe-XVe siècle. Il porte une cotte de mailles renforcée par des protections métalliques : c’est l’armure de plates. Celle-ci sera remplacée dans la deuxième moitié du XVe siècle par une armure complète : le harnois blanc

 

La bataille

C’est donc à la tête d’une armée d’environ 7000 hommes - dont 1000 « hommes d’armes » (2) - qu’Henri V se met en marche vers le nord. Armagnacs et Bourguignons qui avaient suspendu les hostilités (paix d’Arras en septembre 1414) avaient aussi pris conscience du danger entre temps. Approché par Henri V pour former une alliance, Jean sans Peur se réfugia dans la neutralité et ne participa pas à la bataille. Cependant, ses propres frères – Antoine de Brabant et Philippe de Nevers – ainsi que nombre de chevaliers bourguignons accourus de Flandre, de Picardie et d’Artois, firent partie des nombreux morts au soir de l’affrontement.

Ce fut donc le parti armagnac, alors au pouvoir, qui rassembla l’armée qui allait affronter Henri V. Commandé par le Connétable Charles Ier d’ALBRET (1370-1415), l’ost du Roi de France se lance à la poursuite des Anglais durant plusieurs jours. Rattrapés le 24 octobre alors que la route de Calais était quasiment coupée, ces derniers sont obligés de livrer bataille. La situation leur est alors défavorable : une partie de l’armée lancastrienne est restée à Harfleur et l’autre partie, emmenée par Henri V, est épuisée par la marche imposée par les Français. Les hommes qui, des jours durant ont marché sous la pluie, sont trempés et beaucoup sont touchés par la dysenterie. Isolée en territoire hostile, la chevauchée anglaise doit maintenant affronter une troupe adverse bien plus nombreuse : entre 14 et 20 000 combattants. Ce nombre donne aux Français une excessive confiance que le Maréchal BOUCICAUT (1364-1421), prudent tacticien, ne parvient pas à tempérer. Les divisions du commandement français vont d’emblée rééquilibrer le déséquilibre entre les forces.

Lorsque le combat s’engage dans la matinée, les Anglais n’ont pas le moral mais ils savent que la situation ne leur laisse aucun autre choix que de se battre avec l’énergie du désespoir. Henri V fait avancer ses archers à portée des rangs français. Les premières volées de flèches déclenchent la bataille. Ayant relégué archers et arbalétriers à l’arrière, les hommes d’armes français, pressés d’en découdre, chargent. Leur mouvement est d’emblée canalisé entre les bois d’Azincourt et de Tramecourt : un front étroit qui empêche tout déploiement du nombre et qui - circonstance aggravante - se présente comme un terrain particulièrement détrempé et boueux (3). En face, les Anglais avaient eu le temps d’aménager des positions défensives, protégées par des rangs de pieux tenus par des archers disciplinés et expérimentés.

Épuisé, miné par la dysenterie et moralement affaibli, le longbowman fit pourtant la différence à Azincourt. Profitant des erreurs tactiques de la cavalerie française, il en brisa les charges, permettant aux hommes d’armes anglais de rétablir le déséquilibre numérique des forces en présence

 

Les archers anglais (longbowmen)

Héritier des guerres galloises dont il garda le grand arc en bois d’if (longbow), l’archer anglais était capable de tirer une dizaine de flèches en une minute à plus de 250 mètres de distance. À partir de 100 mètres, et plus la distance était courte, la flèche du longbow perçait les armures et les cottes de mailles. Les tirs s’effectuaient par volées où c’était moins la précision individuelle qui comptait que le nombre et la concentration des flèches. Ces dernières formaient alors un nuage de projectiles meurtriers (4). Une troupe de 1000 archers bien entraînés pouvaient alors tirer près de 10 000 flèches en une minute. À Azincourt, on estime entre 4000 et 5000 le nombre des archers anglais… De tels tirs brisaient les charges des hommes d’armes, tuant ou blessant hommes et montures. Si le sifflement des flèches était aussi de nature à affoler les chevaux, le pire résidait dans le désordre et la confusion qu’engendraient ces nuages de flèches. Chevaliers et destriers s’abattaient sur le sol dans un enchevêtrement qui entravait tout mouvement, notamment celui des autres charges qui succédaient à la première. Au tir déjà meurtrier des longbowmen, nombreux étaient ceux qui succombaient piétinés ou écrasés sous le poids d’autres cavaliers.

C’est dans cette sanglante confusion qu’Henri V, tenant le centre, flanqué à sa droite par le Duc d’York et à sa gauche par Thomas, seigneur de Camoys, se jette dans la mêlée. Combattant démontés et dans la boue avec une armure de l’ordre de 25 kg, les hommes d’armes français tentent de survivre dans le plus grand désordre. Une poignée d’entre eux parvient à percer jusqu’à Henri V, et dans la lutte, un coup d’épée tranche un fleuron de la couronne du roi anglais, fixée sur son heaume. Cependant, ils tombent tous sous les coups de la garde rapprochée du roi. C’est alors qu’Ysembart seigneur d’Azincourt parvient en un mouvement tournant à prendre d’assaut le camp anglais. Arrivé alors que la bataille était déjà engagée, Ysembart met à sac le campement d’Henri V faisant tout de suite craindre une attaque à revers à laquelle le souverain Lancastre ne pourrait opposer aucune autre force. C’est à ce moment critique de la bataille qu’intervient le massacre des nombreux prisonniers français dont Henri V redoute qu’ils reprennent les armes à l’annonce de la prise du camp anglais. En dépit des protestations de ses hommes qui voient disparaître leur source de butin, il ordonne l’exécution des prisonniers sur le champ de bataille quel que soit leur rang.

Des conséquences désastreuses pour le royaume de France

En fin d’après-midi lorsque la bataille cesse, les Français ont perdu plus de 6000 combattants contre 600 côté anglais. Si ces derniers comptent 13 chevaliers tués, les chevaliers français tombés en cette journée sont si nombreux que l’on rapporte qu’il n’y a pas une famille de la noblesse française qui n’ait eu un de ses membres tués ou capturés à Azincourt. Cette victoire inespérée pour Henri V lui permet de gagner sans encombre Calais et, de là, l’Angleterre où il lève aussitôt une nouvelle armée pour partir à la conquête du royaume capétien cette fois.

La bataille d’Azincourt est désastreuse pour une monarchie capétienne déjà affaiblie. Discrédités, les Armagnacs sont chassés du pouvoir par les Bourguignons et la guerre civile reprend. Dans ce contexte de décomposition politique du royaume, l’assassinat du Duc Jean sans peur, le 10 septembre 1419, pousse le Duché de Bourgogne dans l’alliance anglaise contre le Dauphin Charles (traité de Troyes en 1420). À partir de ce moment, le camp armagnac se confond avec celui du Dauphin, mais la situation de ce dernier est catastrophique. Le successeur de Jean sans Peur, Philippe le Bon, refuse de le reconnaître comme dauphin légitime. Charles est donc repoussé loin au sud, et la Loire devient la nouvelle frontière militaire. Soutenu par le Duc de Bourgogne, Henri V entreprend alors la conquête systématique du nord du royaume avant de succomber prématurément à une dysenterie en août 1422. Entre temps, était né un héritier – Henri VI – de son union avec la fille de Charles VI, Catherine de France. C’est sur celui-ci, et sur le frère du souverain Lancastre - Jean de Bedford qui assura la régence jusqu’en 1429 - que devait reposer le destin de la double monarchie.

 

Bassinet avec son ventail (ou mézail : visière) et son aventail (ou camail : protection du cou et des épaules en cotte de mailles) (XIVe-XVe siècle)

 

  1. Les seigneurs de haut lignage, sans même parler des princes des fleurs de lys, si ce n’est du Roi lui-même (Jean II le Bon à la bataille de Poitiers par exemple), sont les prises les plus rémunératrices sur le champ de bataille. Tuer les chefs adverses est donc contre-productif.
  2. Les « hommes d’armes » désignent les combattants montés et en armure. Tous ne sont pas forcément chevaliers.
  3. La saison était humide, et il avait beaucoup plu la veille de la bataille.
  4. Installés en lisière des bois d’Azincourt et de Tramecourt, qui délimitaient les côtés ouest et est du champ de bataille, les archers anglais prenaient de flanc les charges françaises par un tir croisé. D’autres contingents d’archers étaient aussi placés aux articulations du centre et des ailes anglaises.

__________

Bibliographie

  • CONTAMINE (Philippe), Azincourt, Folio, 2013, 256 p.
  • TOUREILLE (Valérie), Le drame d’Azincourt. Histoire d’une étrange défaite, Albin Michel, 2015, 250 p.

 

 


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