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Gaultier BES de BERC, Nos limites

BES de BERC (Gaultier), DURANO (Marianne) et NORGAARD ROKVAM (Axel), Nos limites, Le Centurion, 2014, 110 p.

Article mis en ligne le 8 octobre 2017
dernière modification le 17 décembre 2017

par Nghia NGUYEN

C’est une réflexion profonde sur notre société et son évolution, à travers un livre de 110 pages seulement, que nous proposent trois auteurs encore peu connus du grand public. Parmi eux, Gaultier BES de BERC, normalien, professeur agrégé de Lettres dans un lycée. Avec Marianne DURANO et Axel NORGAARD ROKVAM, Gaultier BES a inspiré en 2013 le mouvement des Veilleurs qui s’est opposé à la loi Taubira instituant le mariage pour les couples homosexuels. Ensembles, ils ont publié “Nos limites” où ils analysent l’évolution de la société française, et proposent une philosophie d’ “écologie intégrale” visant à réhabiliter une harmonie entre l’Homme et le monde.

Les auteurs partent d’un constat d’échec politique et moral qui s’exprime plus que jamais dans une dérive économique libérale et une dérive sociétale libertaire. Leur engagement politique dès 2012 a joué le rôle de catalyseur, et n’a cessé depuis de se renforcer. Pour BES, le monde moderne est devenu aliénation au point de menacer directement notre civilisation et notre culture. Tel un cycliste qui pédale pour que son vélo ne chute pas, qui pédale pour aller toujours plus vite mais sans savoir où il va, notre société tourne aujourd’hui à vide autour d’une fallacieuse notion de « progrès » (scientifique, économique, sociétal...). Cette dernière, présentée tel un postulat positif et universel incontestable, recèle en fait un déracinement et une vacuité qui porte en eux la destruction des liens sociaux et humains les plus fondamentaux.

Et les auteurs de nous citer nombre d’exemples quotidiens mis en avant par l’actualité économique, environnementale, scientifique, sociale et sociétale d’un progrès désormais incontrôlable. Ce dernier accouche dès lors d’une volonté quasi prométhéenne qui voudrait que l’Homme peut tout, à commencer par vouloir s’affranchir de sa propre condition et s’auto-engendrer. Remise en cause de sa condition d’humain philosophiquement et scientifiquement, transhumanisme sociétal, antispécisme environnemental… « La table rase du passé » est en train de se muer en table rase de ce qui fonde intrinsèquement l’Être humain lui-même, à savoir ses limites et ses déterminismes.

Dans cet essai enlevé, Gaultier BES, Marianne DURANO et Axel ROKVAM rejettent cette idéologie libérale-libertaire qui ne peut que conduire, selon eux, à la déshumanisation de l’Humanité. Il faut réancrer celle-ci dans sa finitude, dans ce qui fait sa condition. L’Homme éprouve un besoin profond d’enracinement dans une famille, dans un groupe mais aussi dans une culture et une Histoire. Cela passe par une redécouverte de soi et de ce que sont les autres autour d’une notion malheureusement trop souvent oubliée en politique : le Bien commun.

Ainsi, lorsque le cynisme politique se joint au consumérisme à outrance, les citoyens perdent ce sens du Bien commun, et ils se perdent eux mêmes. Les auteurs nous décrivent ainsi une société où chaque individu se vit comme une « île » dans le paradoxe de l’hyperconnexion au sens numérique du terme. Ce paradoxe est pourtant une illusion qui nous retranche des valeurs et des repères fondant l’humanité des uns et des autres. Notre société se présente tel un ensemble d’archipels où, d’aliénation en aliénation, la solitude au milieu de la foule n’aura jamais été aussi grande.

C’est que « L’Homme ne s’improvise pas » écrivait Ernest RENAN. Propos cité par les auteurs auquel on pourrait ajouter cette autre réflexion d’Alain FINKIELKRAUT : « Nul ne pense par lui-même sans détour par les autres, et notamment par ce qui a été pensé avant lui » (1). Nous avons donc besoin des autres, et l’Être humain est fait pour la relation : de l’enfant à l’adulte, de sa naissance jusqu’à sa fin, tout au long de son existence. Une vérité que l’idéologie libérale-libertaire - inspirant les logiques individualistes et hédonistes imposées par la société de consommation – s’acharne à vouloir détruire.

L’ « écologie intégrale » prend alors tout son sens à partir de ces constats, à savoir que le salut de l’Humanité ne peut se concevoir dans nos orientations de vie actuelle. Cependant - et a contrario de l’écologie politique - l’écologie intégrale ne rejette pas l’Homme mais un modèle de société où tout devient objet marchand jusqu’aux corps humains ; où l’Homme s’abandonne au chaos économique. Car c’est au travers d’un apparent "choix libre" des consommateurs et de la liberté individuelle la plus débridée, que cette société de la marchandisation sans limites s’apprête à réaliser ce que les grands totalitarismes n’ont jusqu’à présent pas su faire, du rêve eugénique à la dénaturation de l’Humain.

Le salut ne peut non plus résider en un rejet de l’Homme au nom de l’antispécisme, autre contresens que porte une certaine écologie politique. Humanité et Nature ne doivent pas s’exclure, ni se développer au détriment de l’une ni de l’autre, mais se nourrir mutuellement dans une authentique complémentarité. L’écologie intégrale, c’est le choix de l’harmonie contre le chaos à la fois dans nos vies mais aussi dans toute la société. Ce choix n’est rien d’autre qu’une recherche permanente du Bien commun, qui ne se confond pas avec un soi-disant retour vers un passé prétendu mythique et meilleur.

Démarche profondément démocratique et libre, qui cherche à recréer une multitude de petites agoras au sein d’une Cité où beaucoup ont aujourd’hui le sentiment que la Politique leur a été confisquée, si ce n’est les a abandonnés, le mouvement des Veilleurs travaille à la prise de conscience d’une situation où l’Homme ne pourra jamais trouver son bonheur s’il se maltraite lui-même. Quand bien même vivrait-il comme un nanti, dans des conditions le mettant matériellement à l’abri de tout besoin vital. Partant on comprendra que les questions sociétales comprennent tout, à commencer par des réflexions économiques et environnementales aussi essentielles qu’elles sont urgentes. Qu’elles sont hautement politiques et qu’elles relèvent du Bien commun, non de la satisfaction des désirs des individus.

Au terme de la lecture de « Nos limites », d’aucuns pourraient penser que ses auteurs militeraient pour un monde ancien, traditionnel, voire conservateur et réactionnaire, à rebours de la mondialisation économique actuelle. Il n’en est rien, et ce serait un contresens de le penser ainsi. BES et ses amis sont des légataires tournés vers l’avenir, non des jeunes passéistes amoureux d’un quelconque « âge d’or ». Ils sont les « débiteurs insolvables » de ce qui a existé avant eux, et ils en ont gardé une conscience profonde et éclairée. « Veiller sur l’avenir, ce n’est pas regretter le passé, encore moins l’idéaliser, c’est témoigner de tout ce qui dans l’expérience humaine mérite d’être transmis, vivifié et enrichi par chaque génération » (2).

On comprendra également tout l’intérêt de cette lecture dans la perspective de l’Éducation à la Défense. En rappelant le rôle fondamental de la Culture léguée, celui de l’Histoire des hommes et des civilisations ; en militant pour la défense des solidarités à la fois produites et structures de cette Culture et de cette Histoire (la Famille, le groupe, la Nation, la Civilisation), le propos de « Nos limites » se situent au cœur de l’Esprit de Défense et de la question cruciale de la résilience de notre société.

Car lorsque cette dernière aboutit à une atomisation d’individualités qui ne fonctionnent plus qu’à l’envie de droits et dans l’oubli des devoirs, que défendre, qui défendre et pourquoi le faire ? La question de l’enracinement de l’Être humain et de sa protection commence au sein de la famille et de la filiation biologique. Et à l’échelle de la société toute entière, il ne peut y avoir d’Esprit de Défense sans attachement conscient à ce que ladite société sait d’elle-même, se représente d’elle-même, vit et aime par opposition à la dérive mortifère issue du déracinement culturel et marchand, et in fine de la haine de soi.

__________

  1. Cf. FINKIELKRAUT (Alain), L’identité malheureuse, Éditions Stock, 2013, p. 31.
  2. Cf. BASTIÉ (Eugénie), « Le refus de la limite, loin de nous émanciper, nous déshumanise », in Le Figaro, 7 juillet 2014.

 


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