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Bernard LUGAN, Heia Safari !
Article mis en ligne le 12 décembre 2017
dernière modification le 17 décembre 2017

par Nghia NGUYEN

 

C’est une page assez méconnue du premier conflit mondial que l’historien spécialiste de l’Afrique, Bernard LUGAN, publie sous le titre Heia Safari ! General Luttow-Vorbeck. Du Kilimanjaro aux combats de Berlin (1914-1920). Cette méconnaissance est d’autant plus remarquable, que le général allemand Paul Emil von LUTTOW-VORBECK (1870-1964) a tenu en échec, pendant toute la durée de la guerre, des forces alliées de loin très supérieures en moyens humains et matériels. La perspective tracée par M. LUGAN est elle aussi d’autant plus originale, qu’elle a été jusqu’à présent très peu abordée dans l’historiographie, pourtant pléthorique, de la Première Guerre mondiale.

D’origine polonaise, Paul LETTOW-VORBECK a débuté sa carrière militaire dans l’artillerie. L’absence d’un vaste empire colonial allemand n’empêche pas le jeune officier de voyager dans le monde d’avant-guerre. Il combat les Boxers en Chine avant d’être envoyé dans le sud-ouest africain, puis en Afrique du Sud et au Cameroun.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le Lieutenant-colonel puis Général LETTOW-VORBECK est déjà un bon connaisseur du continent africain. Respectueux des cultures locales, il apprend les langues indigènes et s’adresse ainsi à ses soldats africains, les Askaris (1). Ces derniers forment une petite troupe de quelques milliers de combattants organisés en 14 compagnies commandées par 200 officiers allemands et européens (Kaiserliche Schutztruppe für Deutsch Ostafrika). C’est cette petite armée qui restera invaincue jusqu’au 23 novembre 1918, date à laquelle LETTOW-VORBECK et ses Askaris se rendent au général sud-africain Jan SMUT (1870-1950).

Entre-temps, LETTOW-VORBECK avait porté la guerre directement dans les territoires coloniaux britanniques, harcelant les alliés dans un rapport de force pourtant très défavorable, parvenant même à leur infliger plusieurs défaites humiliantes. Dans un premier temps, il défendit avec succès la Deutsch Ostafrika (2) En novembre 1914, il repousse une tentative d’invasion britannique par la ville portuaire de Tanga (actuelle Tanzanie), obligeant plusieurs milliers de soldats indiens à rembarquer. En janvier 1915, il inflige aux Britanniques une nouvelle défaite à Jassin (actuelle Tanzanie).

Les Askaris commandés par LETTOW-VORBECK n’ont pas excédé le nombre de 12 000 combattants. Pourtant, ce sont ces rudes soldats, disciplinés, loyaux et bien commandés qui vont affronter une armée de 300 000 hommes, entravant les communications de l’empire britannique pendant cinq années en attaquant les réseaux ferrés, les forts isolés, les centres logistiques… Avec peu, le général allemand fixe sur un théâtre d’opération, somme toute secondaire, des forces britanniques importantes. En octobre 1917, il écrase à nouveau les Britanniques à Mahiwa (actuelle Tanzanie) et en novembre 1918 à Kasama (actuelle Zambie). Cette guerre dissymétrique est cependant perdue. Elle oppose des forces britanniques sans cesse renforcées aux côtés de Belges, de Portugais et de Sud-Africains, à une petite force germano-africaine qui ne peut que s’épuiser à terme.

Décoré par l’Empereur Guillaume II (1859-1941) de l’ordre « Pour le Mérite », le Général LETTOW-VORBECK revient en Allemagne après sa reddition. Accueilli en héros, il combat avec les corps-francs les soulèvements révolutionnaires des débuts de la République de Weimar avant d’être mis à la retraite d’office. Le meilleur de sa carrière militaire est désormais derrière lui. LETTOW-VORBECK n’oubliera jamais la fidélité et la valeur de ses Askaris, ni le continent africain auquel il est demeuré attaché. Nationaliste, il résiste cependant au national-socialisme dont le racisme ne l’attire pas, et ne joua aucun rôle important durant la Deuxième Guerre mondiale.

C’est dans un ouvrage richement illustré, avec l’érudition et les qualités littéraires qu’on lui connaît, que Bernard LUGAN retrace ce destin militaire aussi exceptionnel que méconnu de 1914 à 1920 (3).

  1. Terme hybride, aux origines multiples, les Askaris désignaient les soldats africains recrutés par les Européens dans leurs possessions coloniales africaines. Il reste surtout attaché à ceux qui ont combattu pour les Allemands.
  2. La Deutsch Ostafrika ou Afrique orientale allemande désigne les possessions coloniales allemandes, conquises dans les années 1880. Elles s’étendaient sur les actuels Rwanda, Burundi et une partie de la Tanzanie.
  3. Le livre est en auto-édition.

​__________

  • LUGAN (Bernard), Heia Safari ! Général von Lettow-Vorbeck. Du Kilimanjaro aux combats de Berlin (1914-1920), Bernard Lugan Éditeurs, 2017.

Heia Safari !

 


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