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Le SGDSN
Article mis en ligne le 27 février 2018
dernière modification le 20 mars 2018

par Nghia NGUYEN

Le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN) est l’un des quatre secrétariat généraux - aux côtés de ceux du Gouvernement, des Affaires européennes et de la Mer - sur lesquels s’appuie le Premier Ministre pour coordonner l’action interministérielle.

Les origines du SGDSN remontent à 1906 avec la création d’un Conseil supérieur de Défense. Organisme de réflexion, de prospection, de planification et de coordination relevant du Premier Ministre, le SGDSN partage ses missions avec l’État-Major des Armées (EMA) qui assure plus spécifiquement la coordination des forces armées et qui relève du Ministère de la Défense (MINDEF).

Cet impératif de coordination interministérielle de l’effort de défense n’a cessé de se confirmer depuis le début du XXe siècle, et s’est même renforcé. De nos jours, la globalisation des menaces a fait évoluer le Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN) à celui de Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (2010) ; le SGDSN traitant désormais d’un large spectre de sujets allant de la défense classique à la cyberdéfense en passant par les aspects économiques et scientifiques en relation avec la politique de défense.

Pendant longtemps assurée par des officiers généraux, la direction du SGDSN est depuis les années 1990 confiée à de hauts fonctionnaires. Succédant à Louis GAUTIER, conseiller à la Cour des comptes, Claire LANDAIS, conseillère d’État, a été nommée à la tête du SGDSN en février 2018.

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LOUIS GAUTIER : « LES DJIHADISTES GARDENT UN PATRIMOINE DE HAINE INTACT »


Le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale analyse la menace terroriste après la défaite de Daech. Louis Gautier est secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale depuis octobre 2014. À la tête de cet organisme interministériel rattaché au premier ministre, il a géré en direct les principales crises de ces dernières années.

Le Figaro - Quelles sont les conséquences du recul de Daech au Levant pour la France ?

Louis GAUTIER - Ce n’est pas un recul, c’est une défaite. Le projet de Daech, qui consistait à installer un califat islamiste sur un vaste territoire au nord de l’Irak et en Syrie, a vécu. Si nous n’avions pas agi, nous aurions laissé se développer un monstre. Après avoir fait main basse sur des gisements pétroliers en Irak, Daech disposait de moyens financiers considérables. Sa capacité à se projeter en faisait une organisation terriblement dangereuse. Par ailleurs, ses succès militaires initiaux exerçaient une attraction magnétique, comme en attestent les 20.000 combattants étrangers, dont 1300 Français, qui ont rejoint ses rangs. Il fallait détruire, sur place, cette puissance maléfique, propageant la mort et la haine autour d’elle.

  • Sa défaite n’annonce pas pour autant la fin du djihadisme dans la région…

Non, bien sûr. Si la stratégie de Daech a échoué, celle d’al-Qaida, qui consiste à adouber des groupes terroristes à travers le monde, fonctionne encore très bien. Devant sa défaite annoncée, Daech a également changé de méthode. Aujourd’hui retranchée dans la moyenne vallée de l’Euphrate, elle procède désormais à des actions de guérilla et à des attentats sporadiques.

  • En Irak et aussi ailleurs, non ?

Nous avons réussi à éviter que la Libye devienne un nouveau sanctuaire de Daech. L’organisation est également présente dans le Sinaï égyptien ou au Mali avec le groupe État islamique dans le Grand Sahara. Par ailleurs, elle a déjà essaimé en Asie : en Afghanistan, au Bangladesh, aux Philippines, en Malaisie… Al-Qaida avait accordé des franchises - AQMI (al-Qaida au Maghreb islamique), AQPA (al-Qaida dans la Péninsule arabique). Daech l’imite aujourd’hui. Le retour de djihadistes vers le Maghreb et l’Europe constitue un autre sujet de préoccupation pour notre sécurité. Daech fait toujours peser sur la France le risque d’une menace projetée de l’extérieur et celui d’une menace endogène, pas forcément structurée mais non moins redoutable. Il existe une porosité entre ces deux types de menace, à travers des réseaux de radicalisation et de possibles cellules dormantes.

  • Jusqu’à quel point cette menace endogène peut-elle profiter de l’échec au Levant ?

Les idéologues de Daech ont perdu leur assurance. Leur discours désormais est celui de vaincus. Techniquement, ils n’ont plus les mêmes moyens financiers et les mêmes relais pour attirer de nouvelles recrues. Depuis la prise de Mossoul et de Raqqa, leur propagande est en berne. Mais leur extrémisme continue à travailler nos sociétés. L’organisation a utilisé divers moyens asymétriques pour gagner des combats et frapper les esprits : multiplication des attentats, recours aux drones, tentative de militariser des engins chimiques… Surtout, joignant à la violence physique la violence psychologique, elle a cherché à produire un effet de sidération. La graduation dans l’horreur vise à saper notre paix civile : attaque à la kalachnikov, kamikazes, voiture-bélier, femmes mercenaires et peut-être demain enfants terroristes. Les terroristes de Daech ont pris nos sociétés à contre-pied, infligeant un démenti cinglant aux théoriciens d’une mondialisation heureuse. Les milliers de djihadistes survivants gardent un patrimoine de haine et un fanatisme intact. Ces soldats d’une cause perdue d’avance peuvent-ils revenir en arrière, seront-ils un jour récupérables ?

  • Comment expliquez-vous le fait qu’il n’y a pas eu d’attentats en France depuis longtemps ?

L’attentat de Nice en juillet 2016 n’est pas si lointain et une vague d’attentats a touché l’Europe, de Manchester à Barcelone, en 2017. En France, depuis 2015, nous avons considérablement revu et renforcé les dispositifs de protection et de prévention. Sur le plan interministériel, le SGDSN a coordonné cet effort dont l’expression la plus connue est Vigipirate. Des moyens supplémentaires ont été accordés à la police et aux services de renseignements. La surveillance des réseaux radicalisés et la lutte contre la propagande djihadiste ont porté leurs fruits, quand on regarde le nombre d’entreprises terroristes avortées ou déjouées par nos services, en particulier la DGSI. Chaque année, en effet, entre dix et vingt projets conspiratifs plus ou moins élaborés ont été démantelés en France (deux projets d’attentats ont été déjoués depuis le 1er janvier, a annoncé dimanche le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, NDLR). Cela dit, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Il va falloir surtout inscrire les efforts dans la durée, ne pas relâcher notre vigilance en ce qui concerne le phénomène de radicalisation ou la surveillance, une fois leur peine purgée, des individus condamnés pour s’être rendus en Irak ou en Syrie.

  • La France est-elle toujours la cible principale des terroristes ?

Elle a été, c’est un fait, la première ciblée à partir de 2014. Mais les attentats qui depuis ont frappé l’Europe prouvent que les terroristes agissent de façon opportuniste et indiscriminée. Les États-Unis pensaient être à l’abri : ils ont été visés, en décembre 2015, à San Bernardino. Dès 2015, je disais aux Américains, aux Britanniques comme à mes autres collègues européens qu’il ne fallait pas s’arrêter à des explications simplistes, comme le passé colonial de la France, son engagement militaire au Mali ou notre conception de la laïcité. Tous nous étions susceptibles d’être frappés un jour. L’intensification de la coopération européenne doit se poursuivre, progresser dans le sens d’une Union de la sécurité.

  • La fin de Daech permettra-t-elle à la France de revenir sur le dossier diplomatique syrien ?

La partie est de toute façon très difficile pour la France et la coalition, car elle dépend de très nombreux acteurs - Turquie, Iran, Arabie saoudite, Russie, Israël - dont les agendas militaires et diplomatiques divergent. Pour nous, la lutte contre Daech était l’unique objectif de notre engagement en Syrie. Pour d’autres, elle n’était qu’un prétexte pour revenir dans le jeu régional. La France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, essaie de rechercher une solution politique pour la Syrie, accablée par sept ans de guerre et confrontée au risque d’une catastrophe humanitaire.

  • Tirez-vous d’autres leçons de la victoire de la coalition ?

La société française a démontré une grande sagesse et sa résilience face au choc. Après chaque attentat - Charlie Hebdo, Saint-Quentin-Fallavier, le Bataclan, Saint-Étienne-du-Rouvray, Nice -, je me suis demandé si cette ligne de résistance allait céder. Mais les Français ont fait preuve de discernement. Le pays a été fort dans l’épreuve. La France a serré les rangs derrière sa police et son armée. Le consensus forgé sur la défense nationale sous la Ve République a joué à plein dans la lutte contre-terroriste, sur les théâtres de conflit comme sur notre territoire. Ce capital national de confiance, il faut le préserver.

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  • LASSERRE (Isabelle), "Louis Gautier : « Les djihadistes gardent un patrimoine de haine intact », in Le Figaro, 26 février 2018.

 


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