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Le « vivre-ensemble »

« La banlieue est perçue comme l’incarnation d’un phénomène de sécession », in Le Figaro, 21 mai 2018.

Article mis en ligne le 22 mai 2018
dernière modification le 1er octobre 2018

par Nghia NGUYEN

 Pour Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et Stratégies de l’IFOP, « le vivre-ensemble est de plus en plus un discours incantatoire, qui est d’autant plus omniprésent dans le débat public qu’il a de moins en moins de réalité concrète. »

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Le Figaro - L’IFOP a réalisé pour l’association Le Rocher un sondage édifiant sur le « vivre-ensemble ». Quel enseignement en tirez-vous ?

Jérôme FOURQUET - Selon cette enquête, seulement 7% des Français pensent que les communautés et les classes sociales se fréquentent et se côtoient sans problèmes. 48% des sondés pensent qu’elles vivent séparées, mais sans tensions, tandis que 45% pensent que les groupes sociaux ou communautaires vivent séparément, et que cela crée des tensions. Cela signifie que le vivre-ensemble est de plus en plus un discours incantatoire, qui est d’autant plus omniprésent dans le débat public qu’il a de moins en moins de réalité concrète.

  • Quelle place tient la banlieue dans cette problématique ?

L’univers de la banlieue est perçu comme l’incarnation même de ce phénomène de sécession et de fragmentation françaises. Cela s’ancre dans une histoire longue. On se souvient des premières émeutes des Minguettes (banlieue de Lyon) au début des années 1980, qui avaient pour cause principale l’enclavement économique et le chômage et avait donné lieu aux premières politiques de la ville. Quarante ans après, à ces problématiques économiques et sociales se sont ajoutées celles de l’insécurité, du communautarisme et dans certains endroits du terrorisme. Ce que montre bien Farhad Khosrokhavar, qui pointe un phénomène européen d’une population masculine issue de l’immigration qui, dans ces quartiers segrégués, se tourne vers la délinquance et la re-islamisation.

On est passé du syndrome des Minguettes à celui de Trappes et du Mirail. Dans ce quartier de la banlieue de Toulouse, des émeutes ont eu lieu mi-avril qui ont eu trois causes : le suicide d’un détenu issu du quartier dans sa cellule, le contrôle d’identité d’une jeune femme en burqa, et le retour de bâton d’organisations criminelles voulant reprendre la main sur le quartier après des interventions de la police sur le trafic de drogue. Un cocktail caractéristique des banlieues françaises et de l’hybridation de la délinquance de cité avec une communautarisation.

  • On parle peu des banlieues de la France périphériques…

C’est la deuxième évolution majeure. On observe un phénomène de généralisation et de dissémination de ces problématiques sur l’ensemble du territoire national et plus seulement à la périphérie des métropoles ou dans le fameux « 9-3 ». Prenons l’exemple de la cité Ozanam d’où était originaire Radouane Lakdim, le terroriste de Trèbes : il s’agit d’un quartier de seulement quelques centaines d’habitants en périphérie de Carcassonne, ville moyenne de 45.000 habitants, où sévit la ghettoïsation ethnique, la ségrégation scolaire et une délinquance en lien avec le trafic de « shit » endémique. Il n’existe plus une préfecture ou sous-préfecture française qui n’ait pas son quartier « chaud ». Et le phénomène s’étend à des territoires encore plus petits. Ainsi à Trèbes, village de 5600 habitants, on compte aussi une zone « sensible », le quartier de l’Aiguille. Derrière le discours officiel de la « petite ville de province où tout le monde se connaît » se cache une autre réalité : Marine Le Pen y a fait 48% au second tour de la présidentielle.

  • Comment est perçue la volonté d’un « plan banlieues » par la majorité de l’opinion ?

Il y a consensus sur le constat, qui figure dans le plan Borloo, d’une fracture profonde et de l’échec des plans précédents. À partir de là, l’opinion se divise entre ceux qui pensent qu’il faut mettre le paquet pour recoudre le tissu économique et social (via un plan Marshall) et ceux qui pensent que c’est un tonneau des Danaïdes, une cause perdue et qu’il faudrait donner la priorité à d’autres territoires, notamment ruraux.

  • La banlieue est-elle un enjeu électoral ?

N’oublions pas qu’Emmanuel Macron a officialisé sa candidature à la présidentielle dans un centre de formation professionnel de Seine-Saint-Denis : il adressait un signal fort sur la « promesse républicaine » et le redressement économique de la banlieue. Ce discours a pu séduire une partie de la banlieue, qui s’est tout de même tournée massivement vers Jean-Luc Mélenchon au premier tour. Aujourd’hui le glissement du centre de gravité du macronisme à droite se traduit aussi dans ces territoires qui attendent au tournant le président sur des mesures économiques et sociales mais aussi sur la question de l’Islam de France.

Propos recueillis par Eugénie Bastié

 


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