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Éric, Julie, Chloé, Lucas et Léo
Article mis en ligne le 25 octobre 2018

par Nghia NGUYEN

Servir le métier des armes est une vie de devoirs dont les contraintes s’imposent aussi aux familles : épouses, compagnes comme enfants. Peu médiatisée, la question du vécu quotidien de ces familles est soulevée par le témoignage anonyme (1) d’un officier de l’Armée de Terre que publie le journal Le Figaro. Un témoignage qui décrira, surtout, le déchirement du départ pour de longs mois du Mari et du Père. Une absence ouvrant une période d’incertitude et de tracas dont bien de nos contemporains peinent à saisir qu’elle fait aussi partie du sacrifice de nos soldats.

Derrière chaque héros se trouve, souvent, une héroïne ainsi que des enfants à qui il faut tôt expliquer le sens de la séparation et de l’engagement. Au-delà des discours convenus, si l’expression "lien Armée-Nation" devait revêtir un sens particulièrement concret ce serait très certainement dans l’accompagnement des blessés de guerre mais aussi et surtout celui des familles de militaires à commencer par une reconnaissance spécifique.

Alors que nous nous apprêtons à commémorer le centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918 marquant la fin d’un terrible conflit où tant de pères ne sont pas revenus, le témoignage de cet officier valant pour l’ensemble de ses camarades tous grades confondus sera lu avec une empathie renouvelée.

  1. Pour des raisons de sécurité.

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"Mon papa part en mission à l’étranger" : le témoignage poignant d’un officier français", in Le Figaro, 24 octobre 2018.

 

Chloé l’a bien compris. Son papa s’en va. Elle lui a fait un dessin et récupéré une vieille boîte de bonbons au miel qu’elle lui a donné « pour son voyage ». Elle a quatre ans seulement, mais c’est la deuxième fois que son père, militaire dans une unité opérationnelle de l’armée de Terre, quitte la maison pour une mission de plusieurs mois.

Bien sûr, son papa est souvent absent. Il part régulièrement s’entraîner plusieurs semaines sur des camps de manœuvre. On a du mal à l’avoir au téléphone (ça ne capte pas toujours bien) mais on sait qu’il n’est pas loin. Idem pour les missions Sentinelle, où Papa part à Paris pour protéger la population contre les terroristes. Mais là, c’est une autre affaire : quatre mois, ça fait 120 dodos, lui a dit Maman. Il ne sera pas là à Noël, ni pour son anniversaire.

Léo, lui, gazouille dans son transat. À 14 mois, on dirait qu’il ne se rend pas compte. Mais quand son père l’a pris dans les bras pour lui expliquer qu’il partait, il l’a regardé drôlement et a tout écouté. Avec cet air sérieux et inimitable qu’ont les bébés, parfois.

Mais c’est Lucas qui a le plus de mal. À huit ans, c’est le quatrième départ qu’il encaisse. La dernière fois son père était parti six mois d’affilée. Alors quatre mois d’absence, ça a l’air facile. Sauf que pour Lucas c’est de plus en plus dur. En grandissant, il comprend que son père va prendre des risques et qu’il peut lui arriver quelque chose. À l’école il a entendu parler d’attentats au Proche-Orient. Même si Papa lui a expliqué qu’en mission les soldats ont des gilets pare-balles et des fusils pour se défendre, Lucas n’est pas rassuré. Ça fait plusieurs soirs qu’il pleure sous sa couette, en serrant ses peluches dans ses bras.

Six heures du matin. Tout le monde est debout pour dire au revoir à Papa. Même le bébé qu’on a tiré du sommeil. C’est important qu’il voie partir son père, c’est la psychologue qui l’a dit. Les sacs sont dans l’entrée, on a du mal à parler. Chloé agrippe son père, Lucas est blotti sur le canapé, Léo pleurniche car il veut son biberon.

Debout dans le salon, Julie essaie de ne pas trop penser à tout ce qui l’attend. Elle sait que dès que son mari aura passé la porte, le poids des responsabilités va peser plus lourdement sur ses épaules. Les impôts, la crèche, les courses, la voiture qui tombe en panne, le lave-linge qui fuit, les enfants perturbés à l’école, les pleurs, les doutes, elle va devoir s’occuper de toute seule. Elle se console en pensant à Estelle, son amie infirmière dans l’armée. Elle aussi vient de partir pour quatre mois, en Afrique, en laissant derrière elle ses deux enfants et son compagnon.

Partir en mission fait partie de l’ADN des militaires français. Ils sont prêts en permanence à tout quitter pour servir leur pays aux quatre coins du monde, là où le devoir les appelle. Quitte à sacrifier ce qu’ils ont de plus cher. Pour ceux qui restent à la maison, l’absence du militaire est une blessure silencieuse, difficile à partager. La peur, l’angoisse, l’attente. Le soulagement précieux mais trompeur des conversations vidéo. Le décompte immobile des jours qui passent.

Dans la voiture qui le conduit au régiment, Éric essuie les larmes de son fils qui ont coulé sur sa tenue de combat. La gorge nouée, il se concentre sur la route en réfléchissant à ce qu’il aurait pu oublier dans son sac. Au loin se dessinent déjà les bâtiments de la caserne. Le jour se lève.

 


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