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Le LBD 40 GL06
Article mis en ligne le 24 janvier 2019
dernière modification le 12 octobre 2019

par Nghia NGUYEN

Policiers non CRS armés de LBD 40 GL06 dans Paris le 15 décembre 2018 (source - Valéry HACHE/AFP)

 

La crise sociale qui a éclaté en novembre 2018 - et a pris le nom de « mouvement des gilets jaunes » - a vu une série d’affrontements particulièrement violents entre les forces de sûreté et des manifestants. Ces confrontations ont mis en lumière un nouveau modèle de Lanceur de Balle de Défense (LBD) adopté dans les unités du maintien de l’ordre depuis 2009, et remplaçant progressivement depuis 2016 l’ancien flash-ball super pro de la firme française Verney-Carron : le LBD 40 GL06 (1).

 

 

Le dérivé d’un lance-grenade

Conçu par le fabricant d’armes suisse Brügger & Thomet (Thoune, canton de Berne), le LBD 40 GL06 est le dérivé dans une version anti-émeute d’un lance-grenade militaire. La doctrine d’emploi de l’arme demeure la même que celle du flash-ball de Verney-Carron à savoir la neutralisation non létale d’un individu par un tir tendu.

L’arme présente cependant de grandes différences avec son prédécesseur. Plus longue du fait d’une crosse repliable, plus lourde du fait de l’ajout d’un viseur holographique, elle ne dispose que d’un seul canon alors que le flash-ball super pro est bitube. Elle peut donc être épaulée contrairement au super pro. Un rail Picatinny sous le canon permet d’ajouter une poignée tactique qui – avec la poignée pistolet - permet d’augmenter la stabilité du tir.

Le tireur bénéficie également d’un viseur holographique dit « point rouge ». De marque Aimpoint ou EOTech, ce dernier est monté sur un deuxième rail Picatinny et est réglé pour une distance de 25 m. Le viseur n’agrandit pas la cible et n’est pas non plus un pointeur laser projetant un faisceau. En revanche, il remplace l’alignement des organes de visée (œilleton/guidon/cible), et permet surtout une acquisition instantanée et plus rapide de l’objectif tout en compensant la parallaxe.

Le LBD 40 tire une munition de 40 x 46 mm à basse vitesse (92 m/s). Sa forme hémisphérique, contrairement à celle (sphérique) du super pro (44/83 BE), lui donne une plus grande vitesse et une plus grande précision sur une portée plus longue. Le résultat nous donne une arme beaucoup plus puissante que le premier flash-ball, qui tire une munition caoutchouc/mousse ou fumigène/lacrymogène à 50 m et non plus à 10/12 m. Le LBD 40 est donc l’une des armes les plus précises, mais aussi l’une des plus puissantes de sa catégorie d’où la polémique attachée à son emploi lors des nombreuses manifestations de « gilets jaunes ».

 

 

La critique des flash-balls

Une polémique qui est, en fait, aussi ancienne que l’introduction des flash-balls dans l’arsenal des forces du maintien de l’ordre en 1995. De nombreux cas de blessures graves liées à des tirs de flash-balls sont d’emblée déclarés, mais c’est lors d’une intervention le 12 décembre 2010, à Marseille, qu’a lieu le premier et unique tir mortel jusqu’à présent avéré en France. Au cours d’une intervention, le policier Xavier CRUBEZY tue accidentellement son agresseur d’un tir de flash-ball en pleine poitrine (2). De fait, l’emploi des flash-balls est régulièrement critiqué par des associations qui en demandent l’interdiction pure et simple.

La question de la dangerosité mortelle d’une arme censée être « sublétale » ne se pose d’ailleurs pas qu’en France. Dans un rapport publié en décembre 2017, la revue scientifique British Medical Journal Open révèle que les tirs de flash-balls tuent dans 3% des cas. Quoi qu’il en soit les tirs touchant la tête, la nuque et le torse occasionnent de graves lésions voire des handicaps irréversibles dans 6% des cas (3), et les médecins de conclure que les flash-balls ne sont pas adaptés aux situations de contrôle des foules.

Avec le LBD 40, la polémique enfle davantage. D’une puissance de 200/220 joules (4), l’arme est particulièrement dangereuse en deçà de 50 m. Mâchoires fracturées, dents cassées, traumatismes crâniens, aveuglements, lésions internes… Le nombre de blessés graves lors des manifestations de novembre 2018/janvier 2019 s’est accompagné d’une augmentation sensible des dépôts de plainte et d’enquêtes internes au sein de la Police au point que le Défenseur des Droits a demandé la suspension de l’emploi du LBD 40 GL06 le 17 janvier 2019, et que des caméras-piétons vont désormais équiper les policiers utilisant des LBD.

Interdire les LBD 40 GL06 : un vrai faux problème

La polémique visant à vouloir faire interdire les flash-ball ou les LBD 40 est, en fait, un faux problème. On ne peut demander à nos forces du maintien de l’ordre d’adapter leur doctrine, leurs tactiques et leurs moyens face aux menaces, et agir dans le même temps de manière à les rendre inopérantes sur des parties d’un spectre de missions de plus en plus large. Par sa dimension protéiforme, ses violences, sa durée et son extension à l’ensemble du territoire, le mouvement des « gilets jaunes » a soumis les forces de sûreté à une très forte tension ; et pour faire face aux manifestations les plus risquées l’ensemble des policiers et des gendarmes a pu être ponctuellement mobilisé.

De fait, des unités dont le cœur de mission n’est pas le maintien de l’ordre se sont retrouvées face à des émeutiers avec des LBD 40. Mais alors que les forces spécialisées dans le maintien de l’ordre sont rompues à des procédures d’emploi et des cadres d’ordre précis (notamment dans la Gendarmerie nationale), l’emploi du LBD 40 selon la rigueur réglementaire a été moins évident pour d’autres unités comme des BAC par exemple. Les plaintes pour blessures graves visant exclusivement des policiers et non des gendarmes semblent en témoigner à ce jour. Toujours est-il que le problème relève moins de l’arme en elle-même que de policiers qui ont fait ce qu’ils ont pu dans un contexte de contre-emploi.

Quand bien même les règles d’engagement seraient-elles respectées, il ne pourrait y avoir de risque zéro dans l’emploi d’un LBD 40. Si en théorie, il est demandé aux membres des forces de sûreté de ne pas tirer à moins de 10 m avec cette arme, de ne viser que les membres inférieurs, les membres supérieurs ainsi que le torse et la région pelvienne, dans la pratique il est beaucoup plus difficile de s’y conformer et d’éliminer tout risque de blessures graves. Face à des cibles en mouvement permanent dans une ambiance polluée par des fumigènes ou du gaz lacrymogène, alors que le tireur est lui-même debout et aussi en mouvement, souvent alourdi par un équipement de protection, viser un bras ou une jambe à 50 m reste aléatoire. Dans de telles circonstances, il n’est pas non plus étonnant que la visée de la région torse/bassin se transforme en un coup touchant la tête, le cou ou les parties génitales.

Interdire les LBD serait aussi remettre en cause le principe de riposte proportionnée pourtant essentiel afin d’éviter une escalade de violence irréversible. Ce principe nécessite une gamme d’armes intermédiaires entre les armes à feu et celles du contact direct (bombes lacrymogènes, tonfas et matraques télescopiques). Retirer les flash-balls/LBD 40 et autres TASER reviendrait à enlever un barreau sur l’échelle de la gradation de la riposte policière. Cela correspondrait à un désarmement de nos forces du maintien de l’ordre alors que ces dernières doivent affronter des manifestants de plus en plus violents.

 

Paris, samedi 1er décembre 2018 (source - Lucas BARIOULET/AFP)

 

Une question technique qui renvoie à un problème de fond…

Car au risque d’une tautologie, on dira que le véritable problème est moins le LBD 40 en soi – celui-ci n’étant qu’une réponse technique à un problème - que le problème lui-même à savoir la violence montante au sein de notre société. La violence de certains « gilets jaunes » n’a rien d’étonnant si on la remet en perspective à la lumière des grands mouvements sociaux de ces dernières années. À l’exception des rassemblements de La Manif pour tous, la plus grande partie des manifestations contemporaines ont davantage laissé des images de saccages, de pillages et de mises à sac voire de véritables scènes de guérillas. Ces réalités, qu’elles se soient appelées « Nuit debout » ou « ZAD de Notre-Dame-des-Landes » entre autres, ont précédé le mouvement des « gilets jaunes » mettant en lumière le délitement de l’autorité de l’État qu’accompagnent des discours idéologiques et communautaires allant jusqu’à effacer l’idée même d’un Bien commun.

La fragmentation actuelle de la société française n’est que le résultat de cette perte de repères ; notamment celui – fondamental - de l’Autorité perçue comme juste et mise au service d’un Bien commun partagé en ses valeurs. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que la parole politique ne porte plus de nos jours (5), ouvrant les esprits à la brutalisation et à une accoutumance à la violence. C’est cette violence politique - au-delà de ses déclinaisons économiques, sociales et sociétales – que les forces de sûreté doivent contrer aujourd’hui dans ses expressions les plus concrètes ; que ces dernières relèvent de pilleurs ou de libertaires, d’antifas et autres black blocs qui souvent sont les mêmes dans les trois dernières catégories. Leur impunité, reconduite de décennie en décennie, a fini par ancrer dans l’opinion l’idée selon laquelle « il n’y a qu’en cassant que l’on peut se faire entendre, obtenir ou faire reculer l’État… » Cette idée - négation en soi de la Démocratie –, n’est que la conséquence d’une non application de lois pourtant existantes par un État devenu moralement faible et, politiquement, de plus en plus coupé des citoyens.

Le problème est donc davantage politique que policier et technique, et il y a une dangereuse forme de fuite en avant à vouloir faire porter par nos forces de l’ordre, dans les rues et dans les quartiers, une colère citoyenne désormais bien présente en plus de la violence des éléments subversifs habituels. Face à des émeutiers prêts aux pires violences, qui utilisent des cocktails molotov, des lance-pierres, des boules de pétanques ou de l’acide pour blesser grièvement (voire pour tuer) on comprendra surtout que la polémique sur le LBD 40 GL06 est la diversion médiatique indispensable à l’esquive d’un problème de fond.

 

Policier non CRS utilisant un LBD 40 GL06 dans Paris, samedi 19 janvier 2019 (source - Philippe LOPEZ/AFP)

 

__________

  1. D’un coût unitaire de 1300 €.
  2. Mostefa ZIANI (43 ans), délinquant connu des services de police, venait de blesser une personne au couteau et s’en prenait au policier CRUBEZY venu l’interpeller. Touché au thorax à une distance de 4,40 m au lieu des 7 m réglementaires, il décède quelques heures plus tard d’un œdème pulmonaire. La non reconnaissance de la légitime défense comme l’usage abusif et disproportionné du flash-ball vaudront à Xavier CRUBEZY une condamnation à 6 mois de prison avec sursis en 2017.
  3. Cf. DANDU (Madhavi), HAAR (Rohini J.), LACOPINO (Vincent), RANADIVE (Nikhil) et WEISER (Sheri D.), « Death, injury and disability from kinetic impact projectiles in crowd-control settings : a systematic review », BJM Open, december 5, 2017, 9 p. L’étude porte sur l’utilisation des flash-balls aux Etats-Unis, en Turquie, en Israël, en Inde, en Suisse et au Népal de janvier 1990 à juin 2017.
  4. À titre de comparaison, la législation bride les armes de paintball à 20 joules.
  5. Cf. « Une colère qui vient de loin. Baromètre de la confiance politique – Vague 10 », CEVIPOF-OpinionWay, janvier 2019. Dans cette dixième édition du baromètre, l’Armée et la Police se situent largement en tête des organisations en lesquelles les Français ont le plus confiance (74%). Les syndicats sont à 27% de confiance et les partis politiques arrivent en fin de classement avec 9%.


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