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L’exercice du PPMS (15 janvier 2019)
Article mis en ligne le 21 février 2019
dernière modification le 27 juin 2019

par Nghia NGUYEN

 

Le mardi 15 janvier 2019, le Lycée Jean Monnet de Cognac réalisait en ses murs un exercice « attentat/intrusion armée ». Officiellement inscrit dans le Plan Particulier de Mise en Sûreté (PPMS) de tous les établissements scolaires, cet exercice – qui prévoit une tuerie de masse en milieu scolaire – était le deuxième au cours de la même année à être organisé sur ce thème, montrant ainsi une prise de conscience grandissante au sein de la communauté éducative.

Alors que les autres exercices du PPMS liés aux incendies et aux catastrophes naturelles et industrielles renvoient à la notion du risque et de ses aléas, l’intrusion armée dans une école renvoie quant à elle à la notion de menace et d’intention malveillante. En envisageant le problème de cette manière, distinction sera d’emblée faite entre d’un côté un accident et de l’autre une volonté meurtrière (1). Partant, on dira aussi la complexité et la difficulté de la préparation face à un agresseur déterminé à tuer et à prendre des otages.

Une préparation plus rigoureuse

Intégrer la dimension d’un agresseur armé et déterminé implique que la communauté éducative accepte le principe d’une simulation interactive lors de la préparation d’un exercice qui n’a plus rien de prévisible, convenu ni automatique. S’il y a des actes réflexes à acquérir, il n’y a pas face à cette menace potentielle de procédures toutes faites hormis ce qui est déjà affiché dans tous les bâtiments et lieux publics depuis 2015 : s’enfuir, se cacher, alerter.

L’exercice lancé le 15 janvier a donc été préparé en amont depuis plusieurs mois avec comme premier objectif de fixer un cadre plus rigoureux à commencer dans les mots et les actions qu’il fallait préciser auprès des enseignants et autres adultes du Lycée Jean Monnet. Jusqu’à présent, l’exercice n’entraînait qu’à un enfermement défensif dans les salles de cours improprement appelé le « confinement ». Désormais, c’est la notion de « barricade » qui est mise en avant ; celle-ci installant dans les esprits une posture défensive voire proactive en cas de passage forcé du tueur dans une salle.

Autres termes et autres actions également : la fuite et l’évacuation. N’ayant jamais été pratiquées jusqu’à présent, ces deux actions ont cette fois été intégrées à l’exercice en plus de la barricade. Trois exercices différents en un afin de faire saisir à quoi ressemblerait la complexité d’une attaque selon les lieux et le moment : deux facteurs imprévisibles par définition. Si une attaque survenait durant une heure de cours, la plus grande partie des élèves serait normalement à l’intérieur des bâtiments ce qui validerait pour un grand nombre l’option de la mise en barricade. Cependant, si l’attaque survenait en pleine récréation, elle surprendrait le plus grand nombre à l’extérieur des bâtiments sans protection immédiate et sans autre recours que la fuite. Pour une même menace, il y a donc plusieurs problématiques qui, pour chacune d’entre elle, induisent des postures et des mises en condition différentes.

La fuite se réalisera de manière individuelle, spontanée, désordonnée voire instinctive dès le début de la fusillade. Déclenchée par une inévitable panique, elle ne doit cependant pas exclure un certain nombre d’actes réflexes comme se disperser immédiatement, courir en zigzag et non en ligne droite, rechercher l’abri le plus proche (murs, haies, obstacles divers…), procéder par bonds d’abri en abri selon le terrain… L’objectif de la fuite est de s’éloigner immédiatement de la zone dangereuse.

 

 

L’évacuation se fera en groupe organisé, de manière disciplinée et silencieuse avec une communication par gestes. Elle suppose une connaissance - même très générale - de la direction dangereuse et d’un point à atteindre. Surtout, l’évacuation introduit la notion de leader à savoir une ou plusieurs personnes capables de prendre en main un groupe. Lors d’une progression en colonne dans un couloir, par exemple, le leader est celui qui – en tête de colonne – guide tout en observant et en communiquant par des signes répercutés jusqu’en fin de colonne. En cas de demi-tour, la manœuvre s’opèrera silencieusement au sein même de la colonne, chacun faisant un demi-tour sur lui-même. Dans ce cas de figure, l’élève située en queue deviendra la tête de colonne (le leader) et devra être en mesure de guider tout le groupe.

Avec la menace d’une intrusion armée, l’exercice du PPMS n’est désormais plus seulement technique, il devient surtout tactique… Se représenter clairement un agresseur, évaluer le danger, apprendre à maîtriser son stress, bloquer efficacement une porte, savoir manœuvrer en groupe de manière furtive, maîtriser une communication élémentaire par gestes, savoir transporter un blessé léger seul ou à plusieurs, s’entraider pour passer un obstacle haut… seront autant de savoir-faire à acquérir que ne demandent pas les exercices incendie ou de confinement.

La présence d’observateurs contrôleurs

Pour cette première au Lycée Jean Monnet, et devant la difficulté matérielle et organisationnelle à instruire un ensemble de plus d’un millier de personnes, il a d’abord été décidé de rechercher une méthode afin de voir ce qui pouvait se faire concrètement. Tout en diffusant une information théorique en direction des professeurs et des personnels administratifs, M. NGUYEN, enseignant d’Éducation à la Défense et Mme RAMBAUD, infirmière scolaire, ont formé depuis le mois de novembre la classe de 1re ES1 à l’exercice. Le premier en expliquant l’exercice et en préparant à l’évacuation (avec communication par gestes et transport de blessé) ; la seconde en dispensant une méthode de gestion de stress ainsi qu’une instruction sur les gestes de premiers secours.

La simulation a d’emblée nécessité un certain nombre de personnes affectées à la mission d’observateurs. Situés aux différentes articulations de l’exercice, ces observateurs (équipés de radios portables) devaient – comme leur fonction l’indique – relever dans le détail le déroulement objectif d’une action. Certains ont ainsi été postés sur 4 zones périphériques et prédéfinies devant simuler la réussite d’une tentative de fuite pour tous fuyards parvenant à les rejoindre dans un délai de 10 minutes après le déclenchement de l’alerte. D’autres observateurs étaient affectés au contrôle des barricades dans les différents bâtiments du lycée. Présente lors de l’exercice, l’Équipe Mobile de Sécurité du rectorat (EMS) a, quant à elle, contrôlé la mise en place de la cellule de crise.

Surtout – et cela était une première – un agresseur était introduit dans le scénario de l’exercice. Flanqué d’un observateur, l’agresseur devait d’abord parcourir les abords d’un bâtiment avant d’y pénétrer et de tenter de forcer des salles. Ne portant pas d’équipements particuliers, si ce n’est un gilet orange, l’agresseur simulerait les tirs par la portée du regard sur une distance d’environ 50 m. Toute personne vue dans ce rayon serait considérée comme attaquée, blessée ou abattue et comptée comme victime en temps réel par l’observateur.

 

 

46 victimes

Les premières minutes de l’exercice ont été parmi les plus meurtrières. Peu conscients des enjeux de l’exercice dont – rappelons-le – c’était aussi une première sur un mode aussi interactif, 16 élèves se sont laissés surprendre sans réaction dans la cour de récréation dès les deux premières minutes. Entrant ensuite dans le bâtiment C, l’agresseur a surpris plusieurs personnes dans les couloirs et – comble de malchance – la classe de 1re ES1 qui n’avait pas entendu l’alerte… Ne pouvant plus évacuer à temps par le couloir, comme cela était prévu dans le scénario, l’enseignante de la classe a décidé de barricader la salle mais en oubliant de verrouiller la porte… Cette malchance qui a immédiatement augmenté le nombre de victimes a cependant eu une vertu. Jouant le jeu jusqu’au bout, 17 élèves de la 1re ES1 ont improvisé une fuite/évacuation par les fenêtres de la salle C44 - avec 2 « blessés » ! – pour aller rejoindre une zone d’exfiltration.

Les observateurs de l’EMS ont relevé que beaucoup d’élèves sont parvenus à sortir du bâtiment C par la fuite, échappant momentanément à la menace, mais qu’ils se sont ensuite regroupés durant de longues minutes dans la cour au lieu de rejoindre les zones d’exfiltration. D’autres, bien cachés dans un premier temps, ont décidé de revenir sur leurs pas. Ces mauvais réflexes auraient pu alourdir le bilan, mais il est vrai que pour un agresseur isolé, tenter de forcer les portes de plusieurs salles de classe prend du temps…

L’observation fera ressortir un décompte de 46 personnes directement attaquées dont il est permis de penser que plus de 50% auraient été véritablement abattues en situation réelle. L’exercice qui n’a duré que trois quarts d’heure, a finalement été bien reçu par la communauté éducative. Surtout, il a fait ressortir diverses failles permettant l’identification rapide des problèmes. Le fait que les élèves de la 1re ES1 n’aient pu jouer l’exercice d’évacuation comme prévu, et qu’une partie d’entre eux aient été victimes de l’agresseur a aussi permis d’observer une improvisation heureuse de plus de la moitié d’entre eux, et cela fut en soi un point positif.

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  1. On mettra de côté l’incendie à caractère criminel dans la mesure où la nature de la réaction face au feu – qu’il soit accidentel ou intentionnel – sera la même.

 

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