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Un officier de l’Armée de Terre : le Lieutenant-colonel Marcel DOMMARTIN
Article mis en ligne le 24 novembre 2019
dernière modification le 25 novembre 2019

par Nghia NGUYEN

Le mercredi 20 novembre 2019, les lycéens de la 1re G1 du Lycée Jean Monnet accueillaient le Lieutenant-colonel (ER) Marcel DOMMARTIN dans le cadre de l’enseignement de défense et d’une sensibilisation à la notion d’engagement. L’officier en charge de la réserve opérationnelle du 515e RT vint ainsi leur témoigner d’une longue carrière passée sous l’uniforme.

Chevalier de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite, marié et père de 4 enfants, le LCL DOMMARTIN continue de servir dans l’Armée de Terre et dans l’Arme du Train à laquelle il appartient. C’est avec une pédagogie bien vivante attachant son itinéraire personnel à la compréhension des intérêts supérieurs de la Nation, mêlant anecdotes et propos de hauteur, que l’officier s’entretint deux heures durant avec une trentaine d’élèves.

Un soldat et l’engagement d’une vie

L’échange débuta de manière très concrète à partir du képi et de la vareuse que le lieutenant-colonel fit porter à Adam. L’observation attentive d’éléments de passementerie, du grade, des insignes de col, des boutons d’arme et des décorations permirent au jeune public de se familiariser d’emblée avec les codes visuels décrivant la carrière, la fonction, la spécialité et le niveau de compétence d’un militaire. Cependant ce qui pouvait être perçu comme un ensemble de détails conduisit, en fait, à un développement éclairant les notions d’autorité et de hiérarchie. Faisant circuler ses distinctions, l’officier en expliqua la signification à travers les différents ordres nationaux et étrangers. Les lycéens purent ainsi y découvrir la reconnaissance aux yeux de la Nation d’un engagement de 35 années, exigeant, difficile et risqué. Les agrafes sur les rubans témoignèrent également de 11 opérations extérieures sur 5 continents.

 

 

Cet engagement d’une vie dans la défense du pays, le LCL DOMMARTIN l’expliqua d’abord par une histoire familiale : celle de son grand-père, résistant, qui fut tué à Creil au cours d’un affrontement contre les Allemands durant la Deuxième Guerre mondiale. Recueillant, non sans fierté, son prénom, il fut par la suite élevé dans cette idée d’une continuité de la défense de génération en génération. Un film de quelques minutes, intitulé « Le soldat français de 1914 à 2014 », illustra ce trait d’union entre hier et aujourd’hui.

Comprendre les enjeux de la Défense d’aujourd’hui

Aujourd’hui, alors que l’idée même de Défense nationale n’a pas changé en sa philosophie, ses principes et son environnement stratégiques, son échelle, ses modalités et ses moyens, eux, se sont profondément transformés. Expliquant que son entraînement militaire n’était pas en soi opérant pour parer une cyberattaque ou d’autres menaces relevant de la sûreté intérieure par exemple, le LCL DOMMARTIN expliqua la notion de « Défense globale » dans laquelle chaque citoyen devait se sentir engagé. Désormais économique, culturelle, intérieure et civile sans être exclusivement réservée à la seule dimension militaire, notre défense nationale s’articule étroitement à 3 échelles : la France, l’Europe et le monde.

À partir d’une vidéo-projection cette fois, l’officier guida les lycéens dans l’organisation de la Défense au plus haut niveau : la notion de dissuasion, les 4 armées, leurs composantes essentielles, leurs missions, le prépositionnement permanent de 30 000 soldats français dans le monde, les OPEX dont l’opération Barkhane qui mobilise une partie importante de nos moyens… Alors que l’explication aurait pu paraître technique voire rébarbative pour les élèves, il n’en fut rien, le LCL DOMMARTIN gardant constamment à l’esprit l’éclairage historique et politique indissociable de tout effort de défense.

 

 

Un « Afghantsy »

Des 11 projections en OPEX, ce sont les deux réalisées en Afghanistan qui ont le plus marquées le LCL Marcel DOMMARTIN (1). L’officier est un « Afghantsy » à savoir ces militaires qui ont participé au premier grand retour de l’Armée française dans la guerre (ici en Afghanistan) depuis la fin de la Guerre froide. Ils font partie d’une génération dont l’expérience opérationnelle est encore entretenue par l’engagement au Sahel (2).

Le LCL DOMMARTIN a ainsi servi dans une Operational Mentoring Liaison Team (OMLT familièrement appelée « omelette »), ces petites équipes de spécialistes (3) dont la mission était de former et de conseiller les unités de l’Armée Nationale Afghane (ANA). Spécialiste des questions de logistique terrestre dans un pays où il fallait ravitailler sur de longues distances des bases isolées, l’officier était intégré dans l’OMLT 5, une unité française sous commandement américain et rattachée à la 3rd brigade du 201st corps de l’ANA (4).

Troisième et dernière partie de l’exposé du LCL DOMMARTIN, cet engagement en Afghanistan fut très certainement le propos le plus vivant et celui qui intéressa le plus les lycéens, confrontés à travers ce témoignage au choc culturel entre l’Occident et l’Orient, mais également entre leur univers sécularisé et celui d’un Islam particulièrement rigoriste. Car venir en Afghanistan c’est d’abord se heurter aux barrières omniprésentes des clivages ethnico-tribaux et des langues. Dans son unité où la seule langue commune était l’anglais, l’officier était jour et nuit dépendant d’un interprète qui devait lui-même exprimer la moindre consigne en pachto, hazara et tadjik… Ce problème linguistique renvoyait non seulement à une pluralité ethnique mais aussi à des spécificités culturelles où les uns ne valaient pas les autres, et où les malentendus pouvaient être fréquents. Comment former alors qu’il était déjà au départ si difficile de faire cohésion ?

L’omniprésence de la religion musulmane sunnite était aussi l’autre caractéristique importante de la situation, incarnée en la présence permanente d’un « officier religieux ». Celui-ci accompagnait le LCL DOMMARTIN tout au long de la semaine, notamment durant les cours d’apprentissage de la lecture qui étaient aussi des cours de religion. Ce cycle d’apprentissage élémentaire auprès d’une soldatesque largement analphabète était interrompu par des missions de convoyage toujours très éprouvantes au plan psychologique. Dès que l’OMLT quittait le camp avec un convoi, n’importe quelle situation « ordinaire » pouvait cacher une attaque des Taliban : animaux domestiques bloquant la route et cachant des explosifs dans leur chargement, vélo dont le cadre était piégé, enfant jouant avec un engin radiocommandé… La vie dans le camp pouvait comporter de réels moments de détente - parties de « baby-foot vivant », barbecue, sport… -, et des fous rires lorsque par amitié les Afghans prenaient et caressaient la main de leurs interlocuteurs occidentaux, mais le retour en France nécessitait un séjour en sas de décompression à Paphos (Crète) tant ces OPEX étaient usantes nerveusement.

Alors que l’École n’aura jamais autant cherché à arrimer collégiens et lycéens à une culture de l’engagement, le LCL Marcel DOMMARTIN aura témoigné durant deux heures, avec une belle pédagogie, de l’un des plus forts engagements qui puisse être. Riche et éclairante, son intervention sera, sans nul doute, de la plus grande utilité auprès des lycéens de Jean Monnet qui y trouvèrent un enseignement de défense à la fois substantiel et vivant.

__________

  1. Cf. Les deux OPEX afghanes du LCL DOMMARTIN se déroulèrent d’avril à octobre 2010 et de janvier à mai 2012.
  2. Cf. À l’exception de quelques opérations très limitées, l’Armée française n’a plus connu la guerre de la fin de la Guerre d’Algérie à la fin de la Guerre froide. Son engagement dans la première Guerre du Golfe fut très ponctuel, et celui en ex-Yougoslavie relevait davantage d’une force d’interposition qui l’a davantage conduite vers une expérience de maintien de l’ordre. C’est avec l’engagement en Afghanistan (2001-2014) que nos forces armées vont redécouvrir sur la durée ce qu’est un conflit armé. L’expérience en est essentielle à tous les niveaux : doctrinal, du commandement, de l’entraînement, de l’équipement.
  3. Cf. Une OMLT comprend quelques dizaines de militaires occidentaux.
  4. Cf. L’intervention des forces armées occidentales en Afghanistan débute au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Dans un premier temps, il s’agit d’une opération américaine - opération Enduring Freedom - relayée dans un deuxième temps (dès 2003) par une force otanienne sous mandat onusien : l’ISAF (International Security Assistance Force). C’est dans le cadre de l’ISAF donc - un dispositif de l’OTAN sous commandement américain - que le LCL DOMMARTIN a accompli ses deux OPEX. De 2004 à 2013, 89 soldats français sont tombés en Afghanistan.

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