Bandeau
Éducation à la Défense et à la Sécurité nationale
Site non officiel
Descriptif du site
Le HMS IronVision

Un casque israélien qui permet de voir « à travers » le blindage d’un engin.

Article mis en ligne le 29 janvier 2020
dernière modification le 31 janvier 2020

par Nghia NGUYEN

Avec 12 500 employés et un chiffre d’affaire de 3680 milliards de dollars en 2018, Elbit Systems Ltd est l’une des entreprises d’armement israéliennes les plus importantes avec IAI et Rafael. Fondée en 1967, la firme, dont le siège social est situé à Haïfa, a même racheté récemment un autre poids lourd de l’armement israélien : Israel Military Industries Ltd (IMI). L’opération a été réalisée en 2018 pour 495 millions de dollars. Les domaines couverts par Elbit Systems Ltd sont particulièrement vastes, et concernent de nombreux systèmes spatiaux et aéronautiques, terrestres et navals. En pointe dans la HI-TECH militaire, l’entreprise, qui modernise des plateformes terrestres, navales et aéronautiques déjà existantes, est aussi capable d’innover.

Le concept du Helmet Mounted System (HMS)

L’IronVision illustre justement cette capacité d’innovation à un haut niveau. Présenté pour la première fois en 2016, l’IronVision est un Helmet Mounted System (HMS) c’est-à-dire un casque intégrant un système qui projette des informations sur la visière. Jouant le rôle d’écran, celle-ci permet de concentrer un flux d’informations en temps réel, directement porté au regard de l’opérateur. Le concept était déjà connu dans l’aéronautique avec les dispositifs Head-up display (affichage tête haute) puis les premiers casques permettant aux pilotes d’avions et d’hélicoptères non seulement de lire des informations, mais aussi de diriger des systèmes d’armes et des boules optroniques du regard ou d’un mouvement de la tête.

L’originalité de l’IronVision d’Elbit Systems est qu’il est destiné, cette fois, aux combattants terrestres embarqués à savoir les chefs et les pilotes d’engins blindés. Utilisant la technologie de fusion des capteurs, le HMS IronVision agrège des flux de données provenant de capteurs embarqués en différents points de l’engin, et restitue sur la visière du chef de char, ou du pilote, l’environnement extérieur du véhicule. L’IronVision n’est pas à confondre avec un système fonctionnant aux rayons X, mais il permet désormais à un chef de char de pouvoir observer à 360° « à travers » le blindage en se retournant seulement dans la tourelle sans avoir à sortir la tête de celle-ci. La vision du chef de char peut aussi aligner la tourelle et le canon en direction d’un objectif, tout en distinguant la position exacte des unités amies et ennemies.

On voit d’emblée les avantages d’un tel système. En dépit d’épiscopes panoramiques, il y a toujours des angles morts à bord d’un blindé qu’il soit char de combat ou véhicule de combat d’infanterie. L’IronVision supprime désormais ces angles morts de jour comme de nuit et quel que soit le temps. Tout en permettant de ne plus exposer directement le chef de char - qui désormais peut observer de l’intérieur -, le système optimise aussi la protection rapprochée surtout en milieu urbain où les blindés sont en général plus aveugles du fait de la nature de ce champ de bataille.

Le milieu urbain se caractérise, en effet, par son confinement, un aménagement et un bâti qui peuvent aussi se transformer en ruines impénétrables, des réseaux souterrains, l’absence d’horizon, la difficulté d’une sectorisation… Bref, autant d’obstacles qui font du champ de bataille urbain l’espace du combat dissymétrique et asymétrique où la supériorité technologique pourra encore être mise en difficulté voire tenue en échec (1). L’IronVision est donc une réponse technologique à un environnement de bataille égalisateur quant à la dissymétrie technologique. Avec ce système, non seulement un équipage d’engin blindé retrouve une certaine capacité d’initiative tactique - surtout s’il lui manque une infanterie d’accompagnement -, mais il peut aussi distinguer plus facilement d’autres acteurs à proximité qui ne soient pas des combattants. Que l’innovation soit israélienne n’est au fond pas très étonnante quand on sait l’expérience de Tsahal au Liban et sur la bande de Gaza.

 

 

Une application de l’intelligence artificielle

Le système IronVision est représentatif de l’évolution des armements contemporains au triple plan de la finalité, de la dualité et de la technologie. La finalité demeure plus que jamais celle de systèmes capables d’analyser en temps réel – voire par anticipation – l’environnement tactique et d’en simplifier le C4 (2). La dualité demeure dans les passerelles entre l’innovation militaire et l’innovation civile autour d’un même concept ou d’une même technologie. Nul doute que les recherches effectuées en matière de véhicule autonome ont pu croiser la mise au point de l’IronVision et inversement. Que ce soit pour une voiture ou un engin blindé, les véhicules actuels – et futurs a fortiori - embarquent de plus en plus de capteurs. Ces derniers étant hétérogènes et relevant des données de nature différente, il faut pouvoir faire dialoguer l’ensemble sous un rendu compréhensible pour l’opérateur.

C’est ici qu’intervient une révolution technologique : celle de l’intelligence artificielle (IA) qui rend désormais possible une fusion des données en temps réel. L’IA est un domaine transversal à bien d’autres champs de recherche tels la vision par ordinateur ou la réalité augmentée dans lesquels on retrouvera les principes de l’IronVision. Au même titre que ses concurrents américains, chinois et européens – et en collaboration étroite avec les universités et les start-ups israéliennes - Elbit Systems Ltd investit actuellement des moyens considérables dans l’innovation de systèmes d’arme fonctionnant à partir d’une IA.

__________

  1. Cf. CHAMAUD (Frédéric) et SANTONI (Pierre), L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville, Paris, Éditions Pierre de Taillac, 2016, 230 p.
  2. Cf. L’acronyme C4 pour Computerized Command Control Communications désigne un ensemble de fonctions qui permettent la gestion des chaînes de décision du champ de bataille moderne. Ces fonctions sont mises en œuvre à partir de nombreux systèmes informatisés devant pouvoir dialoguer entre eux. Ces systèmes, différents les uns des autres, sont intégrés dans une architecture globale formant un système multicouches : le C4 que l’on dit aussi C4ISTAR (Intelligence, Surveillance, Target Acquisition, Reconnaissance).

 

Forum
Répondre à cet article

En passant par l’Histoire

Sites favoris



IHEDN


Garde nationale


Réserve citoyenne


CAJ


CAJ


CAJ


Fondation pour l'École


Espérance banlieues

Espérance ruralités

Cap Jeunesse


pucePlan du site puceContact puce

RSS

2016-2020 © Éducation à la Défense et à la Sécurité nationale - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.60