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Éducation à la Défense et à la Sécurité nationale
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Lexique

Ce lexique non exaustif définit certaines notions importantes dans le cadre de l’Éducation à la Défense. Il a été réalisé en collaboration avec le Général (2S) Alexandre LALANNE-BERDOUTICQ, directeur des sessions régionales de l’IHEDN jusqu’en 2018.

Article mis en ligne le 11 janvier 2017
dernière modification le 18 mars 2018

par Nghia NGUYEN

Armée – Au sens général, une armée désigne l’ensemble des forces militaires organisées et régies par un règlement particulier obéissant à des chefs désignés, le tout dans un cadre institutionnel et légal défini. Au sens opératif et tactique, une armée désigne une très grande unité manœuvrant sur le terrain et regroupant plusieurs grandes unités subordonnées : corps d’armée ou divisions. Dans ce cas-là une armée (de campagne) est commandée par un officier général qui utilise pour ce faire les services d’un état-major. Toutes les forces armées des pays développés sont divisées en trois composantes : l’armée de terre, la marine, et l’armée de l’air. Chacune de ces armées dispose d’engins et de doctrines adaptées au milieu dans lequel elles sont appelées à combattre : sur terre, sur mer, et dans les airs. En France, l’armée de terre est communément appelée : « l’armée ». Cette appellation, bien que communément répandue, est abusive.

Citoyen - Littéralement : personne appartenant à la Cité. Le citoyen (quel que soit son sexe) appartient à un ensemble humain politiquement organisé, dont il partage l’ensemble des droits et des devoirs. Dans les systèmes démocratiques, le citoyen prend part directement à la vie politique du pays en général au travers du vote.

Crise - Épiphénomène sortant de l’état normal du cours des choses. On parlera de crise internationale, de crise financière, de crise diplomatique, voire de crise au sens émotionnel. S’intéressant plus particulièrement aux crises internationales, Jean-Louis DUFOUR regrette le suremploi mal défini, voire non défini du terme aussi bien par les journalistes que par les historiens. Selon lui, l’idée essentielle à retenir au sein de la notion de crise est le processus de décision, « l’obligation de décider ». C’est cette décision qui suppose un « jugement préalable » qui fonde la crise.

  • Jean-Louis DUFOUR, Les crises internationales. De Pékin (1900) au Kosovo (1999), Éditions Complexe, 2001, 310 p.

Cyberdéfense - Le concept de cyberdéfense suppose celui de cyberattaques et de cyberguerre avec lesquels il peut se confondre selon les auteurs. Se dit des phénomènes de défense ou polémologiques qui se rattachent aux télécommunications spatiales ou passant par les voies d’INTERNET.

Défense - Action qui consiste à répondre à une agression ou à se préparer à cette réponse. Dans ce dernier cas on parle de mesures de défense. Le contraire est l’attaque. La Défense nationale est donc l’ensemble des organismes et des mesures destinés à répondre aux agressions possibles ou avérées contre la nation ou le pays. Définie de manière globale de nos jours, la Défense nationale repose sur trois piliers essentiels : la défense militaire (les forces armées), la défense civile (sécurité intérieure et sécurité civile), la défense économique (les institutions économiques et les entreprises).

Démocratie - Système politique dans lequel le peuple exerce la souveraineté directement ou indirectement au travers d’institutions représentatives. La Démocratie ne doit pas être confondue avec la République, car cette dernière n’est pas forcément démocratique comme l’illustre, par exemple, la république romaine.

Doctrine - Ensemble de préceptes cohérents destinés à se traduire par une action concrète ou une pensée organisée. On pourra parler d’une doctrine religieuse, philosophique, politique, économique, militaire…

Drapeau - Pièce de tissus aux couleurs, signes ou écritures codifiés exprimant la représentation symbolique d’un pays ou d’une organisation. Figurant sur le devant de tous les bâtiments institutionnels (ministères, mairies, établissements scolaires…), le drapeau français se voit, aujourd’hui, associé le drapeau de l’Union européenne. Chaque unité militaire a son drapeau sur lequel figurent un certain nombre d’inscriptions : « République française », « Honneur et Patrie », le numéro et le nom de l’unité, le nom des batailles auxquelles elle a participé depuis la fondation de la République (1791). Composée de combattants d’origine étrangère, la Légion étrangère a remplacé « Honneur et Patrie » par « Honneur et Fidélité », car ses soldats ne se battent pas pour leur patrie, mais pour la France qu’ils ont choisie. Un drapeau militaire est composé d’une hampe (manche de bois noir ou bleu foncé), des soies (tissu bleu, blanc et rouge), et la cravate sur laquelle sont épinglées les décorations de l’unité.

Droit - Ensemble de règles cohérentes s’inspirant d’une morale et qui - sans se confondre avec - permet de dire ce qui est permis ou, au contraire, interdit dans une société donnée à un moment donné. Le Droit est ainsi destiné à servir de référence dans les actions humaines, soit pour les fonder, soit pour en donner le sens, soit pour permettre d’y résoudre des litiges existants. On distingue souvent trois grands corpus de droit :

  • Le droit naturel désigne l’ensemble des règles qui se définissent comme étant conformes à la nature de l’Homme ou des choses. Il repose sur la nature humaine, non sur la réalité sociale, et est pratiquement partagé par l’ensemble de l’humanité en ce qui concerne, par exemple, la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers, la protection des enfants et la condamnation du meurtre. Interprété comme un droit idéal, le droit naturel est opposé au droit positif.
  • Le droit coutumier repose sur la « coutume » c’est-à-dire un usage juridique oral non codifié et transmis de génération en génération. Au fil du temps, cet usage finit par être admis par le plus grand nombre et s’impose comme étant la Loi. Jusqu’à la Révolution française, l’État monarchique fut régi par des lois dites « fondamentales du royaume » qui fixaient, par exemple, la transmission de la couronne. Le Roi lui-même ne pouvait contrevenir à ces lois fondamentales. Le Royaume-Uni est, de nos jours, le seul État occidental encore attaché à une constitution coutumière.
  • Le droit positif émane des hommes et de leurs activités, et non de Dieu ni de la nature humaine ou des choses. C’est le droit le plus communément admis de nos jours. Reposant sur la réalité des sociétés humaines à un moment donné, le droit positif désigne l’ensemble des règles écrites et applicables dans les États mais aussi dans le monde au travers des traités et des accords internationaux.

Éducation (à la Défense) – Ce sont les moyens propres à assurer la formation et le développement d’un (des) être(s) humain(s). Le terme désigne aussi la mise en oeuvre de ces moyens. L’éducation désigne aussi la connaissance et les pratiques de la vie en société. À ce titre, le terme renvoie à un savoir-être qui dépasse la seule transmission des connaissances contenue dans le terme plus précis d’ "instruction". C’est en 1932 que le Ministère de l’Instruction publique devient l’actuel Ministère de l’Éducation nationale. L’Éducation à la Défense a pour objectif de former les citoyens à leur devoir de Défense. Cela passe par un enseignement de Défense et le développement de l’Esprit de Défense.

Enseignement (de défense) – Action d’enseigner dont l’objectif est la transmission d’un savoir. Confondu par extension avec l’éducation, l’enseignement reste avant tout une affaire de discipline au sens art, matière, branche de la connaissance. La difficulté de l’enseignement de défense est qu’il tient de plusieurs disciplines à la fois : polémologie, histoire, géopolitique, stratégie, économie, disciplines techniques…

Esprit de Défense - Conscience que les citoyens ont de la réalité des menaces qui pèsent sur la société, et par laquelle ils se préparent à la défendre.

État – Concept juridique qui désigne l’autorité souveraine qui s’exerce sur un territoire, et qui se matérialise en un gouvernement. Acteurs majeurs de la vie internationale, les États peuvent être de nature très différente : centralisés, fédérés, multi-ethniques, État-nation… Un État correspond toujours à un territoire.

Éthique – Science de la morale. Le terme portant la notion de "moeurs"(êthos) dans son étymologie, l’éthique a pour objectif d’indiquer les règles de comportement des êtres humains entre eux mais aussi envers les choses qui les entourent.

Guerre - Lutte armée entre groupes sociaux ou États, la guerre désigne un affrontement armé en tant que phénomène social, non individuel. Les affaires militaires ont été qualifiées pendant longtemps par le mot, notamment dans la désignation d’un ministère de la Guerre, devenu au fil du temps Ministère de la Défense nationale et de la Guerre. C’est en 1947, que le mot “guerre” disparaît pour laisser la place à un Ministère de la Défense nationale (MINDEF), devenu Ministère de la Défense nationale et des Anciens Combattants depuis 2010. Par extension, on utilisera aussi le concept pour désigner toute situation de lutte (guerre économique, guerre des ondes, guerre des mots…). La guerre au sens militaire du terme est un phénomène aussi ancien que l’existence des sociétés humaines. La science qui l’étudie en tant que phénomène sociologique est la polémologie. Activité mobilisant toutes les ressources humaines – ressources militaires stricto sensus mais également politiques, économiques et culturelles -, la guerre est considérée comme un “art” dont Napoléon Ier disait : “Art immense qui comprend tout”. Les spécialistes distinguent une typologie complexe du phénomène, où l’on trouvera un grand nombre de catégories : guerres symétriques, dissymétriques, asymétriques, guerres régulières et irrégulières, guerre totale… À ces grandes catégories s’ajouteront d’autres catégories telles les guerres civiles, saintes, justes, etc.

Guerre asymétrique – Type de guerre particulièrement d’actualité depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, même si l’on peut en reconnaître les podromes à des époques plus reculées. La guérilla, la guerre subversive et le terrorisme sont des formes de la guerre asymétrique sans pour autant se confondre totalement avec. Une guérilla pourra, par exemple, relever d’un conflit dissymétrique dans la mesure où, tout en gardant ses caractéristiques propres, elle affrontera la puissance ennemie avec des moyens et une logique stratégique de même nature. La Guerre d’Indochine (1945-1954) voit ainsi les forces du Viêt-Minh pratiquer des actions de guérilla tout en acceptant la montée d’une véritable confrontation militaire qui trouve son aboutissement à Diên Biên Phu. On parle de guerre asymétrique à partir du moment où il existe une rupture de nature et non de degré en matière de stratégies et d’objectifs entre les belligérants. L’un des partis choisissant une logique d’affrontement psychologique et médiatique là où le parti adverse recherchera une victoire militaire au sens classique. Dans un conflit symétrique, où les adversaires se combattent selon des logiques similaires, la victoire militaire conditionne la victoire politique, alors que dans un conflit asymétrique, c’est le contraire qui se produit. Dans ce dernier, la puissance militaire est aussi annulée par la différence de nature des adversaires. En Afghanistan, par exemple, les insurgés (dont les Taliban ne représentent qu’une partie) ne représentent aucun État. Ils n’ont pas d’armée régulière, et ne se battent pas en tant que soldat, ni comme des soldats réguliers. La guerre asymétrique naît de la puissance même des armées occidentales contemporaines face auxquelles il n’est quasiment pas possible de résister dans le cadre d’une confrontation classique. Le plus faible cherchera, donc, à contourner la puissance militaire en essayant d’atteindre des objectifs essentiellement médiatiques et psychologiques qui, dans une démocratie, influencent fortement l’opinion publique. En retour, celle-ci exercera une pression politique sur le pouvoir en place, pouvant le contraindre à changer de stratégie, voire à se désengager d’un conflit. L’exemple de la Guerre du Viêtnam (1959-1975) est particulièrement représentatif du rôle tenu par l’opinion publique au sein de la démocratie américaine. Un rôle qui va peser de manière décisive sur le cours du conflit. Aucun pouvoir de nature démocratique ne peut aujourd’hui s’engager ni durer dans un conflit sans l’appui de son opinion publique. Partant, les véritables champs de bataille de la guerre asymétrique sont les opinions publiques. En Afghanistan, la coalition occidentale dispose d’une supériorité militaire sans commune mesure face aux moyens des insurgés. En revanche, elle est redevable aux yeux des opinions publiques occidentales de la justesse de la confrontation et de ses conséquences en cas de pertes non seulement militaires mais également civiles afghanes. Les insurgés ne s’appuyant sur aucune opinion publique au sens moderne comme démocratique, leur manière de conduire la guerre se fera d’emblée différemment. C’est donc dans les médias que la guerre asymétrique va trouver sa pleine résonance. Des médias de masse où le flot d’images substitue souvent l’émotion à la contextualisation et l’explication approfondie. Cette substitution est de nature à provoquer des chocs aussi violents que passagers au sein des opinions au travers de thèmes tels que les populations martyres, l’enfance et la guerre, le choc des cultures, l’usage disproportionné de la force, le refus des pertes humaines...

Guérilla - Type de guerre qui consiste à rechercher systématiquement l’affrontement du fort au faible localement, au travers d’actions de partisans, de coups de main et d’embuscades, alors que l’on est dans une situation de faiblesse militaire face à l’adversaire. La guérilla est une des formes de guerre asymétrique. Dans sa déclinaison révolutionnaire, elle a été particulièrement théorisée par Ernesto GUEVARA et Mao ZEDONG.

  • Che GUEVARA, La guerre de guérilla, Flammarion, 2010, 216 p.
  • Gérard CHALIAND, Mao, stratège révolutionnaire. Choix de textes, Paris, Éditions Pocket, 2010, 284 p.

Héros - Personnage légendaire auquel on prête un courage et des exploits remarquables. Celui qui se distingue par un ses exploits ou un courage extraordinaire. Tout homme digne de l’estime publique, de la gloire, par sa force de caractère. Durant l’Antiquité, certaines cités honoraient les guerriers qui sacrifiaient leur vie pour la survie de leur communauté. Elles leur rendaient un culte qui les situait entre le monde des dieux et celui des hommes. Les métiers de la Défense d’aujourd’hui n’exigent non pas la mort de ceux qui les exercent, mais la possibilité que ces derniers puissent courir des risques mortels et, effectivement, périr dans l’exercice de leurs missions. Cette caractéristique fonde l’engagement du militaire, du policier, du pompier, du bénévole de la protection civile... Elle confère une transcendance à un engagement ou, à défaut de faire de la mort une fin en soi, il y a don potentiel de la vie de l’Engagé au pays. D’où le sens profond de l’expression "Mort pour la France". D’où aussi la description fréquente de tels engagements en terme de "vocation", à savoir un appel au service de la communauté nationale au sens quasi spirituel. Le militaire en opération est un représentant de la France, et il agit en tant que tel. Dépositaire d’une mission que lui confie l’État, il l’accomplira au prix de sa vie s’il le faut. Voilà pourquoi un soldat qui tombe au combat, tombe pour la France et ne succombe pas en tant qu’individu au hasard d’un tragique événement. Cette distinction est essentielle pour ne pas confondre le héros de la victime. Policiers, gendarmes, pompiers tués dans l’exercice de leurs missions sont également des héros.

  • Inflexions. Civils et militaires : pouvoir dire, "Que sont les héros devenus ?", Paris, La Documentation française, n° 16, 2011, 232 p.

Hymne national – À l’origine un hymne était un chant ou un poème à la gloire des dieux. L’hymne national est une musique – souvent accompagnée d’une version chantée – à travers laquelle les citoyens se représentent la Nation dans laquelle ils se reconnaissent. Cette perception affective et sentimentale de la Nation (patriotisme) s’exprime de manière solennelle. Les militaires se mettent au garde à vous lorsque l’hymne national est interprété. L’Éducation à la Défense impose la connaissance des grands emblèmes républicains dès la fin de la classe de CE1, parmi lesquels la connaissance du drapeau et de ses couleurs, mais également la connaissance de la Marseillaise dont l’écoute doit se faire debout et dans le silence. La Marseillaise est l’hymne national officiel de la France. Ce fut d’abord un chant patriotique écrit et composé par Claude Joseph ROUGET DE LISLE (1760-1836) pour les volontaires de l’Armée du Rhin en 1792. Elle ne devint hymne national que bien après les événements révolutionnaires, le 14 juillet 1879.

Institution – Organisation fondée par le pouvoir légal. Ensemble des structures sociales établies par la loi ou la coutume. L’École et la Défense sont des institutions.

Journée Défense et Citoyenneté (JDC) – Dernière étape du Parcours citoyen, la JDC a remplacé la Journée d’Appel de Préparation à la Défense (JAPD) en janvier 2011, mais elle en garde le principe. Il s’agit d’une journée instituée depuis 1998, dans le cadre de la réforme du service national et de la suspension du service militaire dont l’objectif est de faire connaître l’outil de Défense et son organisation auprès de jeunes déjà recensés et atteignant l’âge de 18 ans. Obligatoire, la JDC est un moment d’information et de sensibilisation de la jeunesse, mais elle permet aussi d’évaluer l’état sanitaire et l’alphabétisation d’une classe d’âge. Elle délivre un certificat de participation sans lequel – au même titre que le certificat de recensement – il n’est pas possible de présenter examens, concours d’État ni permis de conduire avant l’âge de 25 ans.

Lien Armée-Nation - Expression très employée, surtout dans les milieux militaires, qui mériterait une définition d’autant plus approfondie qu’elle n’est pas acceptée positivement par tous. D’aucuns jugent que l’expression en elle-même est significative de l’échec de l’intégration de l’Armée dans la Nation. La première étant normalement l’émanation de la seconde – lui étant consubstantielle -, il n’est pas besoin de les distinguer de manière aussi artificielle, si ce n’est à vouloir souligner une fracture. C’est avec la Révolution que l’Armée devient véritablement un facteur de promotion sociale. Les armées révolutionnaires comme, plus tard, la Grande Armée de Napoléon sont peuplées de jeunes chefs remarqués et promus pour leur dynamisme et leurs compétences, non pour leur naissance. La Révolution, c’est aussi l’émergence d’un service militaire obligatoire avec les premières levées en masse, qui sont le point de départ de l’idée d’une obligation militaire universelle et égalitaire. Cette dernière jouerait le rôle d’un creuset propre à consolider les valeurs nationales et républicaines par et à travers l’Armée. À défaut d’avoir pu se réaliser réellement dans la pratique, l’idée a traversé le XIXe siècle ainsi qu’une partie du XXe siècle, contribuant à forger le concept de lien Armée-Nation à partir de son origine révolutionnaire. De nos jours – et pour ceux qui acceptent l’association des deux mots -, le lien Armée-Nation désigne cette relation indéfectible qui existe entre la société et son armée. Cela suppose l’existence d’une Nation et d’une institution militaire qui se vit comme l’émanation de celle-ci. On comprendra la force et le rôle historique jouée par la conscription dans ce vécu. Le service militaire a ainsi été perçu en France, pendant près de deux siècles, comme l’expression la plus aboutie, l’incarnation même du lien entre l’Armée et la Nation. Or, c’est cette relation qui, aujourd’hui, connaît une profonde transformation au point que beaucoup y voient une distanciation grandissante (et inquiétante) entre l’institution militaire et la société civile. La suspension du service militaire dans les années 1990 pourrait apparaître comme symptomatique de cette évolution ; une déchirure majeure avec l’idée traditionnelle du service militaire tel qu’il s’est historiquement construit dans notre pays. En fait, il se pourrait que cette suspension soit davantage un épiphénomène si on la considère dans un environnement plus large de mutations profondes à la fois de la société française, du monde et des guerres contemporaines post Guerre froide. La dimension désormais globalisée, et non plus seulement nationale, des problèmes (reclassement des puissances politiques et économiques, évolution des menaces, asymétrie des conflits dans un contexte médiatique mondialisé, privatisation des conflits) ajoutée aux mutations individualistes et hédonistes de notre société, constituent autant de facteurs obligeant une perception traditionnelle du lien Armée-Nation à trouver de nouvelles voies d’adaptation.

Livre blanc (de la Défense) – On appelle “Livre blanc” un document de référence officiel publié par un gouvernement, et qui définit les objectifs d’une politique publique sur le long terme. L’expression a pour origine les documents gouvernementaux britanniques, qui ne faisaient pas l’objet de la reliure bleue habituelle du fait de leur faible épaisseur. Le Livre blanc de la Défense désigne le document officiel dans lequel la France (ou un autre État) définit sa stratégie globale de défense et de sécurité. L’intérêt d’un livre blanc est qu’il permet d’appréhender à un moment donné, l’idée qu’un pays se fait des menaces qui pèsent sur lui. Par conséquent, il désigne un ou plusieurs autres États qu’il considère dangereux. Trois livres blancs ont été rédigés sous la Ve République, en 1972, 1994 et 2008. Fournissant un cadre doctrinal général, le Livre blanc de la Défense peut subir des modifications partielles durant son temps d’exercice.

Média – Le terme désigne tout support de diffusion de l’information (presse, radiophonie, télévision, INTERNET, cinéma, publicité, etc.). Plus que jamais massive (mass media, 1965), la diffusion de l’information demande de nos jours une action éducative à part entière. C’est moins la capacité à recevoir cette information qu’à pouvoir la trier et en faire une synthèse qui est, plus que jamais, en jeu aujourd’hui dans nos sociétés de communication. Depuis 1983, l’Éducation nationale a mis en place le Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information (CLEMI) destiné à une éducation citoyenne aux médias. Cette Éducation aux médias constitue un aspect important de l’Éducation à l’Esprit de Défense, car les conflits asymétriques - auxquels nos forces armées sont confrontées de nos jours - ainsi que le terrorisme font des médias de masse à la fois un espace d’affrontement et une arme.

Menace – Synonyme de danger. Les menaces qui pèsent sur la communauté nationale sont aussi multiples qu’elles peuvent être de nature très différente à la fois dans le temps comme dans l’espace. D’où la complexité d’une Défense nationale définie de nos jours comme globale, et pouvant justifier la protection de nos intérêts à des milliers de kilomètres de nos frontières. Si nos forces armées ont toujours pour vocation de défendre physiquement le territoire national (1), elles ne sont plus suffisantes (2) pour assurer la protection de l’ensemble de la société dans un contexte mondialisé et révolutionné par les télécommunications modernes. Ces dernières peuvent ainsi, de nos jours, mettre directement en danger les entreprises comme les individus dans leur intimité.

  1. Rappelons que même dans cette perspective, du fait de la présence de territoires situés outre-mer, la défense militaire de la France couvre un très large espace mondial, qui nécessite une présence navale permanente.
  2. En passant sous le seuil des 100 000 hommes, et à titre d’exemple, l’actuelle Armée de Terre française a atteint un niveau d’effectif historiquement très bas qui ne soutient plus la comparaison numérique rapportée à l’ensemble de la population française, avec les armées de Louis XIV, de Napoléon Ier et des guerres mondiales.

Mercenaire – Professionnel de la guerre dont la caractéristique est de servir selon des intérêts matériels (souvent privés), non selon une appartenance nationale ou politique. (même si cela peut intervenir). Perçu de manière négative, notamment en France où les affaires militaires relèvent traditionnellement de l’autorité régalienne, le mot est souvent confondu avec le terme anglo-saxon de “contractor” pourtant différent. Les mutations des conflits contemporains, comme l’envolée des budgets militaires dans les pays développés par exemple, expliquent un phénomène de privatisation de la guerre qui a été particulièrement visible en Afghanistan comme en Irak. Certains pays – notamment les États-Unis – confient alors à des Sociétés Militaires Privées (SMP) des activités qui, jusqu’à présent, relevaient des forces armées : renseignement, protection de personnes et de sites, logistique… Ils réalisent ainsi des économies en se désengageant de certaines missions et alors que leurs armées professionnelles manquent de soldats, quand bien même l’insuffisance d’encadrement des SMP a pu aussi aboutir à d’importants gaspillages et détournements de moyens. Recrutant d’anciens militaires ou policiers, les SMP ne louent cependant leurs services qu’à leur gouvernement et leur pays d’origine, se distinguant en cela des unités mercenaires traditionnelles. Phénomène majoritairement anglo-saxon, les SMP restent marginales et culturellement rejetées en France.

Militarisme – Le militarisme désigne un système politique privilégiant la prépondérance de l’élément militaire au sein des institutions ou d’une société ; voire un système politique reposant sur l’institution militaire. Le militarisme est davantage à rechercher dans des traditions historiques particulières - comme celles du Royaume de Prusse dès le XVIIe siècle - ou dans les expériences totalitaires et dictatoriales. Il suppose une dimension holistique qui ne peut en aucun cas s’accommoder de l’évolution individualiste que connaissent les sociétés occidentales depuis la deuxième moitié du XXe siècle. Par opposition, l’antimilitarisme s’inscrit contre le modèle de société militariste. Particulièrement virulent en France à partir des années 1960, le sentiment dit “antimilitariste” s’est, depuis, diffusé dans de larges couches de la société, notamment dans la sphère éducative. Ce sentiment repose cependant sur un contresens, et l’Éducation à la Défense ne peut être, de nos jours, considérée comme une éducation ni un enseignement de nature militariste, ce pour quatre grandes raisons :

  • L’Éducation à la Défense s’inscrit entièrement dans la défense de valeurs qui fondent une France républicaine et démocratique. Émanation de ces valeurs fondamentales, elle ne peut prétendre à une militarisation des esprits au sens totalitaire du terme. Cela irait à l’encontre même de sa nature.
  • Notre histoire, nos traditions politiques et culturelles, et un contexte sociétal où triomphent l’individualisme et l’hédonisme, ne peuvent constituer un terreau favorable à une quelconque volonté de militarisation de la société française. L’évolution de cette dernière est antinomique à la nature même de ce qu’est le militarisme.
  • Défense n’est plus militarisation. Rapportée à la population française totale, les militaires représentent aujourd’hui une catégorie sociale ayant atteint un seuil numérique historiquement très bas. Les casernes ont quasiment disparu des paysages à l’exception de rares villes de garnison, et les unités se sont amaigries comme jamais. Avec la suspension du service militaire et les réformes de structure, les forces armées ne sont plus en mesure aujourd’hui de toucher le public comme ce fut le cas aux époques des "gros bataillons".
  • Défense n’est pas militarisation. La Défense de la France est, aujourd’hui, définie au plus haut niveau de l’État comme une Défense globale, dont la composante militaire n’est plus, comme nous venons de le voir, exclusive. Or éduquer à la défense civile, économique ou culturelle ne peut être assimilé à une militarisation des corps et des esprits.

Partant, l’emploi des notions de “militarisme” et d’ “antimilitarisme” n’ont plus grand sens de nos jours dans notre société, et le "sentiment antimilitariste" repose largement sur une confusion et un contresens intellectuel. Il vaudrait mieux parler à ce sujet - et dans notre contexte historique - de sentiment ou de conviction “anti-militaire” ou “anti-défense”.

Militarité - Caractère de ce qui est militaire ou relève de la condition militaire. À ne pas confondre avec la "militarisation", la militarité relève des codes et des usages du monde des armées, et désignera un ensemble de savoir faire et de savoir être (notamment dans l’instruction et l’encadrement des individus) inspiré de ce dernier. Il n’est pas rare de nos jours de rencontrer des expériences éducatives et entrepreunariales empreinte de militarité (écoles de la Fondation Espérance banlieues par exemple).

Morale – Dans une signification proche du terme “éthique”, la morale est la science du bien et du mal. Ensemble des règles de conduite en société considérées comme valables de manière absolue. Ensemble de règles de conduite découlant d’une conception de la morale. Ensemble des habitudes et valeurs morales d’une société à un moment donné de son histoire.

Nationalisme - Notion complexe qui se confond à tort avec la notion de patriotisme. Au sens commun, le nationalisme désigne trois choses :

  • Une exaltation du sentiment national ou un attachement passionné à la nation à laquelle on appartient. Cette exaltation et cet attachement peuvent conduire dans certains cas à la xénophobie et à une volonté d’isolement.
  • Une doctrine politique fondée sur cette exaltation, qui peut conduire à la subordination de la politique intérieure d’un État au développement de la puissance nationale.
  • Une doctrine politique qui revendique le droit d’une nationalité de former un État-nation.

Si la notion de nationalisme peut présenter des points communs avec celle de patriotisme, elle s’en distingue fondamentalement par l’idée de "nation" en tant que construction historique et culturelle. Cette dernière prend véritablement son sens moderne au XVIIIe siècle, en désignant une filiation vivante et renouvelée au sein d’une communauté humaine (natus/naissance). Cette filiation produit des liens de solidarité qui amène à une volonté de vivre ensemble à travers une histoire commune. Celle-ci façonne des coutumes, un droit, une culture, des épreuves communes partagés. On assiste alors à l’élaboration d’une conscience dite "nationale" qui s’ancre dans le passé à travers un héritage commun mais qui se projette également dans le présent et l’avenir à travers la transmission et la défense de cet héritage. La nation exerce une fonction unifiante en faisant naître à terme un sentiment d’appartenance à une collectivité ainsi que la volonté d’une coopération à un projet national.

Pacifisme – Le pacifisme désigne la doctrine des partisans de la paix et de la non-violence. Opposé à toutes les guerres, y compris défensive, le pacifisme a souvent été confondu avec l’antimilitarisme, qui n’en est qu’un épiphénomène. Si le pacifisme est, en effet, par définition, anti-armée et antimilitariste, l’antimilitarisme n’est pas systématiquement non-violent. Certaines révolutions ont ainsi pu combattre de manière violente une institution militaire assimilée à un régime politique qu’elles contestaient. Par ailleurs, le pacifisme a pu être instrumentalisé - telle une arme véritable - afin d’affaiblir un adversaire dans une confrontation. Ce fut le cas au sein des opinions occidentales durant la Guerre froide à travers l’action des partis communistes. Pour finir, la qualité de celui qui aime la paix ne se confond pas non plus avec la posture militante. Si le pacifiste est par définition un individu pacifique, on peut être pacifique sans être pacifiste. La première notion - être pacifique - relèvera de la nature humaine et ne s’oppose en rien à l’Esprit de défense, lorsque la seconde renverra à une dérive de la première dont l’expression sera essentiellement idéologique et politique.

Parcours citoyen - Le Parcours citoyen désigne l’Éducation et l’enseignement de Défense qu’un individu reçoit au cours de sa scolarité jusqu’à l’âge de ses 18 ans. Fondé par la loi n° 97-1019, le Parcours citoyen se traduit par un enseignement de Défense et deux étapes obligatoires que sont le recensement et la participation à la Journée Défense et Citoyenneté (JDC). S’intégrant pleinement dans l’Éducation civique générale dispensée de l’École primaire au Lycée, il constitue le maillon institutionnel essentiel au développement de l’Esprit de Défense et de la résilience.

Patriotisme – Attachement sentimental à un pays que l’on considère comme la “terre des pères”, et où les richesses matérielles et immatérielles dudit pays sont intimement perçues comme étant le fruit des efforts et des sacrifices des générations précédentes. Un étranger adoptant une nouvelle patrie par naturalisation peut également être animé de patriotisme il s’agit alors d’un « patriotisme de choix ». Il se doit dès lors d’assumer lui-même l’héritage dont il devient le dépositaire en adoptant tous les devoirs et en bénéficiant de tous les droits qui y sont attachés. Il devra donc, par exemple mais de manière absolue, accepter de servir son nouveau pays par les armes et risquer sa vie pour lui si cela lui est demandé. Par l’acceptation de ce sacrifice éventuel, il montrera qu’il n’est pas là pour profiter d’un héritage que ses ancêtres n’ont pas constitué mais qu’il contribue à l’enrichissement de son pays d’accueil.

Recensement - Opération de dénombrement et d’inventaire. Généralement appliqué à une population, le recensement suppose un État organisé ayant un esprit de bilan et capable administrativement de mener une telle opération. Rares dans les périodes reculées de notre histoire, les recensements des hommes et des ressources n’ont pas été pour autant inexistants. Dans la Chine impériale et durant l’Antiquité romaine, il a existé des recensements, et c’est le Domesday book - ordonné par Guillaume le Conquérant, achevé en 1086 - qui a donné aux historiens une connaissance assez précise de l’Angleterre de l’An Mil. Dénombrant le nombre de sujets (notamment libres et en âge de porter les armes) et réalisant l’inventaire des richesses (notamment agricoles), ces recensements avaient pour finalité de préparer la guerre. Aujourd’hui, les recensements sont des opérations précises et régulières dans les États modernes. Ils procurent une masse d’informations statistiques et sociologiques à destination des décideurs politiques et économiques. En France, c’est l’Institut National des Statistiques et des Études Économiques (INSEE) qui réalise en moyenne tous les cinq ans les recensements de la population. Le recensement militaire est, encore de nos jours, une étape importante et obligatoire qui s’inscrit dans le Parcours citoyen. Universel, il concerne les filles et les garçons et doit être réalisé entre la date d’anniversaire de la seizième année et les trois mois suivants. Il permet à la Défense nationale de connaître les ressources humaines pour une classe d’âge donnée.

République – Du latin res publica qui veut dire "la chose publique", la république désigne une forme de gouvernement où le pouvoir et la puissance ne sont pas détenus par un seul, et dans lequel le chef de l’État n’est pas héréditaire. Il existe de nombreuses variantes de la république. Cette dernière n’est pas obligatoirement démocratique, comme l’illustre par exemple la République romaine dans l’Antiquité.

Réserve – Le terme peut se comprendre de deux manières. Se dit de la retenue à laquelle doit se conformer un fonctionnaire lorsqu’il s’agit de sujets à caractère politique, religieux, ou polémique. Il doit observer à cet égard une réserve afin de ne pas mettre en porte-à-faux ses autorités de tutelle et les choix gouvernementaux qui ont été effectués. La réserve est donc, pour un fonctionnaire, corrélative de la neutralité. En matière de Défense, on distingue deux types de réserves : la réserve opérationnelle et la réserve citoyenne. La réserve opérationnelle désigne les forces militaires qui n’appartiennent pas à l’armée active. Les forces de réserve sont néanmoins des forces régulières instruites, que l’État garde à sa disposition pour les missions qu’il décidera de lui assigner. Le réserviste est un civil prêt à devenir militaire sur un ordre de convocation. Il change donc de statut légal à ce moment et se soumet aux droits et devoirs du militaire, qui sont différents des droits et des devoirs des civils. La réserve citoyenne désigne un corps de réservistes dont les grades sont honorifiques et qui ne sont pas soldés. La mission de la réserve citoyenne est de faire progresser l’Esprit de Défense au sein de la population.

Résilience – Au sens général, la résilience désigne la capacité d’un individu ou d’un groupe humain à surmonter un traumatisme. La notion relevant à l’origine du domaine de la physique, elle a d’abord décrit la résistance des métaux ainsi que leur capacité à reprendre leur forme après un choc. Adaptée aux personnes humaines par le psychanalyste Boris CYRULNIK, à partir de l’exemple de rescapés des camps d’extermination nazis, la résilience est depuis devenue un concept de psychologie et de psychanalyse. La résilience se situe au coeur de l’Esprit de Défense. En suscitant, dès le Parcours citoyen, une prise de conscience renouvelée des menaces extérieures comme intérieures portées par le monde contemporain, l’Éducation à l’Esprit de Défense cherche à développer une résistance sociétale - et à en élever le seuil - face aux guerres, aux crises et aux tensions actuelles ou futures.

Territoire - Partie de l’espace géographique appropriée par un groupe humain. Cette appropriation s’exprime généralement par une délimitation appelée “frontière”. Par extension, et comme pour d’autres notions, “territoires” et “frontières” ont pu s’appliquer à d’autres domaines que la Géographie. On pourra ainsi parler, par exemple, de territoires et de frontières au sens culturel.

Souveraineté – Autorité suprême. Caractère d’un État qui n’est soumis à aucun autre État.

 


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