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Les bombes planantes : GBU, JDAM, AASM, FAB...
Article mis en ligne le 21 juillet 2026
dernière modification le 8 septembre 2026

par Nghia NGUYEN

Une JDAM-LR fixée sous l’aile d’un F/A-18 Super Hornet des Dust Devils. La VX-31 Dust Devils est l’escadron aéronaval en charge de la qualification des matériels (source - Naval News)

 

Comment bombarder massivement, de plus loin et au moindre coût est une tendance qui dit l’accélération de la préparation à la guerre qui vient mais que nous soufflent aussi les conflits actuels. Ces derniers mois, l’US Navy et la Marine nationale ont ainsi conduit des tirs expérimentaux importants allant dans le sens de portées inédites et d’un accroissement de la létalité pour des bombes classiques.

Super Hornet et JDAM-LR

La Joint Direct Attack Munition (JDAM) est la terminologie étatsunienne pour désigner une famille de bombes dont la grande précision (de l’ordre du mètre) est rendue possible par l’ajout d’une centrale inertielle et d’un kit GPS. Des capteurs infrarouges ou laser peuvent également constituer des variantes de guidage. Fabriquées par Boeing, les JDAM sont aussi appelées «  Guided Bomb Unit  » (GBU) suivies d’un chiffre indiquant le poids et la puissance de la munition (GBU-31/32/38).

L’arme n’est pas nouvelle. Le concept remonte à la Guerre du Viêtnam (1964-1975) mais il a depuis été sensiblement perfectionné. La différence avec un missile est qu’une JDAM ne dispose pas de système de propulsion. Une fois lancée, elle dépend de la gravité et ne peut réorienter sa trajectoire au-delà des paramètres du tir : altitude et vitesse de l’avion, angle de lancement, poids de la bombe, conditions météorologiques… Pour un pilote, l’équation du bombardement est là : comment lancer le plus précisément la GBU en restant le plus loin possible de la cible, afin de ne pas l’exposer ainsi que l’avion aux défenses antiaériennes adverses.

Avec ses ailettes d’origine, la GBU standard (GBU-38 de 227 kg) peut planer sur 24 km. Avec l’intégration d’un kit d’ailes déployables, elle devient véritablement une JDAM-ER (Extended Range) capable de planer et de corriger son angle d’approche sur 72 km. Avec la JDAM-LR (Long Range), Boeing vient ajouter un turboréacteur TDI-J85 au kit ER de la GBU allongeant la portée jusqu’à 555 km... Plus que jamais munition de frappe à distance et hors de portée des défenses ennemies (capacité dite stand-off), la JDAM-LR se rapproche désormais des caractéristiques d’un missile de croisière à un coût très nettement inférieur.

On voit d’emblée l’intérêt de ces tirs de qualification qui eurent lieu au mois d’avril dernier sur le champ de tir naval de Point Mugu, au large des côtes californiennes, à partir de F/A-18E/F Super Hornet. La puissance d’une GBU (comparable à une mine navale), conjuguée à une grande précision et une portée de plus en plus longue, en fait d’une simple bombe à l’origine une arme antinavire particulièrement redoutable, aussi efficace qu’un missile. N’étant pas furtive, la JDAM-LR peut aussi être utilisée comme un leurre afin de saturer le ciel ennemi. Pour cela, sa charge explosive sera remplacée par du carburant. Surtout, une partie de l’immense arsenal américain de GBU pourrait être rapidement converti en JDAM-LR à un coût sans commune mesure avec une augmentation du stock de missiles de croisière AGM. En d’autres termes, la JDAM-LR est une des réponses concernant les munitions low-cost pour l’Air Force et la Navy.

 

Vue d’artiste de la JDAM avec son turboréacteur TDI-J85 et ses ailes déployées après le largage (source - Boeing)

 

Rafale Marine et AASM

L’accélération de la préparation à la guerre qui vient, c’est aussi la recherche de l’augmentation de la létalité des systèmes d’armes. C’est ce que la Marine - française cette fois – recherche en augmentant la charge en bombes de ses Rafale. En France, l’équivalent des JDAM américaines est appelé Armement Air-Sol Modulaire (AASM) ou en acronyme anglo-saxon : Highly Agile Modular Munition Extended Range (HAMMER). Selon les versions, l’AASM peut frapper entre 70 et 80 km en tir à haute altitude.

Conçus selon les mêmes principes de guidage de précision et d’allonge de portée, les AASM sont fabriqués par la firme SAFRAN mais ne sont pas employés sur le mode «  camion à bombes  » américain, non qu’un Rafale M ou Air ne puisse en emporter plusieurs notamment dans sa version la plus lourde (1000 kg). Théoriquement, l’avion peut en emporter 3 (deux sous les ailes et une en position ventrale) mais pour des raisons doctrinales et tactiques, la Marine n’en avait pas l’intérêt jusqu’à présent. Le spectre d’une guerre de haute intensité en Europe, et ailleurs dans le monde, change évidemment les perspectives et pose concrètement aux pilotes de l’aéronavale la question du décollage à partir du porte-avions avec plusieurs AASM.

Le problème n’est désormais plus théorique et c’est ce qu’ont testé deux Rafale M les 6 et 7 juillet derniers au large de la Grèce. Catapultés avec chacun deux AASM 1000 sous les ailes, les avions ont confirmé la capacité de frappe (sur une cible navale) du système d’arme sur un long trajet (2000 km avec un ravitaillement aérien). Le problème réside essentiellement en l’appontage qui doit se faire à vide car si l’une des bombes n’étaient pas utilisées, son poids déséquilibrerait fortement l’avion lors d’une manœuvre toujours délicate même en situation ordinaire. Le pilote n’aurait pas d’autre solution que de larguer l’AASM inutilisé en mer ou ailleurs… Plus qu’une capacité, l’observation de telles charges sous les ailes de Rafale M lors d’un catapultage dira surtout, dans un avenir proche, une véritable intention offensive.

 

Un Rafale M armé de deux AASM 1000 (source - DGA)

 

Et du côté ukrainien  ?

Les bombes planantes - car c’est de cela dont il s’agit – ont donc de beaux jours devant elles. Loin de remplacer les missiles de croisière, elles en sont cependant le complément indispensable sur le champ de bataille par leur capacité de destruction, leur portée de plus en plus grande, leur précision métrique et, last but not least, un coût unitaire très inférieur : de quelques dizaines de milliers de dollars d’un côté contre des millions de l’autre.

En Ukraine, les forces aériennes russes les utilisent massivement sous l’appellation FAB (Fugasnaya Aviatsionnaya Bomba ou «  bombe d’aviation de forte puissance  ») équipées d’UMPK (Unifitsirovannyi Modul Planirovaniya i Korrektsii ou «  modèle de planage et de correction universel  »). D’un poids allant de 500 à 3000 kg, les FAB russes peuvent frapper, selon les versions, entre 70 et 80 km. Si le dernier modèle de 3 tonnes interroge encore sur le vecteur aéronautique devant l’emporter, les FAB sont beaucoup plus puissantes que les munitions d’artillerie. Dans le Donbass, elles sont utilisées contre des positions fortifiées dont aucune n’a pu, jusqu’à présent, résister.

 

GBU-31 (906 kg)