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Opération Red Sea (2018)

Lam DANTE, Opération Red Sea, 2018.

Article mis en ligne le 19 février 2021
dernière modification le 23 juillet 2021

par Nghia NGUYEN

Le scénario

Tout commence avec la prise en otage d’un équipage de marins chinois en Mer Rouge, ce qui provoque l’intervention réussie de la Quick Reaction Force (QRF) Jiaolong. Embarquée à bord d’une frégate de l’Armée Populaire de Libération (APL), cette unité d’élite est de nouveau engagée, peu de temps après, dans un pays imaginaire : le Yewaire.

Situé au Moyen-Orient, le Yewaire connaît une grave déstabilisation qui voit un mouvement rebelle entrer en conflit avec le pouvoir en place. Les événements menacent directement des ressortissants chinois qui doivent être évacués d’urgence, mais l’unité Jiaolong est rapidement confrontée au groupe terroriste local – Zaka – qui prend des Chinois en otage. La situation se complique lorsqu’à cette capture se mêle un trafic de yellowcake - un concentré d’uranium – que l’organisation Zaka désire obtenir afin de fabriquer des armes nucléaires de faible puissance. Opération d’évacuation de nationaux au départ, l’opération chinoise se voit donc assigner un deuxième objectif : empêcher les terroristes de mettre la main sur le yellowcake.

La QRF Jiaolong livre donc de rudes combats alors qu’elle reste très inférieure en nombre face à ses ennemis, et qu’elle ne bénéficie quasiment d’aucun soutien du gouvernement du Yewaire. Subissant de lourdes pertes, elle parvient cependant à remplir les deux missions.

Le Black Hawk down chinois

Opération Red Sea est un film qui marque incontestablement une étape dans l’histoire du cinéma chinois. Considéré comme le premier grand film de guerre moderne chinois par le thème abordé et les moyens engagés, il témoigne surtout de la volonté de Pékin de s’imposer dans la sphère du soft power avec des productions cinématographiques qui n’ont plus rien à envier aux blockbusters américains. Opération Red Sea n’est ainsi pas sans rappeler le film Black Hawk down de Ridley SCOTT (2001).

Comme son prédécesseur le film part d’un fait réel mais - contrairement à la production américaine qui suit une trame événementielle véridique - il développe une fiction à partir d’un fait qui s’est déroulé au Yémen en 2015. Opération Red Sea est par ailleurs traversé d’invraisemblances comme ce duel dans le désert entre un char T-72 B (de fabrication russe) mis en oeuvre par les commandos chinois et 3 chars M-60 (de fabrication américaine) appartenant aux terroristes du groupe Zaka. Comme si le fait d’être tankiste ainsi que le combat d’équipage pouvaient s’improviser, qui plus est avec du tir en mouvement et une tourelle bloquée... Les combats au sol les plus éprouvants se prolongent dans un final qui voit la neutralisation de la cargaison du yellowcake avec une insertion au plus près en wingsuit pour les membres d’un commando décimé mais, visiblement, increvable... Le jeu des acteurs pourra paraître encore artificiel, et uniformes comme équipements donnent l’impression de sortir de l’emballage.

Cela étant le film de Lam DANTE révèle une bonne maîtrise des canons hollywoodiens auxquels le public occidental (et au-delà) est habitué. S’il n’est en rien original, rythme, prises de vue, scènes techniques et caractère sanglant des combats restent efficaces. Le cinéma chinois connaît donc un renouvellement profond non seulement au plan des moyens mais aussi au plan qualitatif. Il est ainsi plus que jamais un véritable vecteur idéologique accompagnant l’avènement de la Chine en tant que superpuissance.

L’aspect le plus intéressant de cette production demeure, en effet, la revendication chinoise au second degré d’une puissance militaire désormais mondiale, décomplexée et assumée. La recherche d’une geste militaire héroïque - au même titre que Black Hawk down pour les Américains - participe de cette exaltation nationaliste qui accompagne le spectaculaire développement de la puissance économique et politique de l’Empire du Milieu depuis la fin du XXe siècle. La traduction cinématographique de cette geste à la manière d’un blockbuster hollywoodien est d’autant plus étonnante que l’APL n’a pas de traditions ni d’expériences de projection extérieure contrairement à l’US Army et certaines armées occidentales dont l’armée française. Alors que le cinéma français - qui dispose d’un arrière-plan potentiel pouvant permettre la réalisation de grands films de guerre contemporains (en Afghanistan ou au Mali par exemple) - reste pauvre sur le sujet, la Chine filme une guerre imaginaire avec une mise en scène des plus réalistes.

De la fiction à l’affirmation politique de la puissance navale

Le cinéma est, certes, une industrie corrélée à la puissance économique. Il est, en ce sens, un vecteur à part entière du soft power. Dans ce jeu d’influence à l’échelle mondiale et par écrans interposés, les forces armées de l’APL sont donc appelées à devenir les nouvelles vedettes de films et de séries avec en toile de fond la dangereuse montée des tensions avec les États-Unis. Les dernières images du film témoignent en particulier de cette fierté inédite de la Chine à l’endroit de sa marine de guerre. À un plan en contre-plongée montrant le drapeau chinois succède le déploiement d’une task force en Mer de Chine méridionale cette fois. Le film de Lam DANTE s’achève sur l’interception d’un groupe de combat naval adverse - dont on suppose qu’il est américain - par des bâtiments chinois. La Mer de Chine est donc chinoise et la marine de la RPC entend bien le faire valoir devons-nous comprendre.

Opération Red Sea est donc la vitrine de la nouvelle marine de guerre chinoise. Celle-ci est devenue la deuxième marine au monde en tonnage derrière l’US Navy. Le vendredi 23 avril 2021 - date du 72e anniversaire de la Marine de guerre chinoise - 3 bâtiments de fort tonnage étaient simultanément lancés à Yulin, le grand complexe naval de la Mer de Chine méridionale situé non loin de l’île d’Hainan. Ce jour-là, en présence du Président Xi JINPING, et aux yeux du monde entier, étaient présentés flambant neufs le SNLE Changzheng N° 421 094 classe Jin, le bâtiment d’assaut amphibie Hainan n° 31 classe Yushen 075 et le croiseur lance-missiles Dalian n° 105 classe Renhai 055. À cette date, l’US Navy était déjà dépassée en nombre de bâtiments. De l’année de la sortie du film Opération Red sea à l’année 2021 - soit quatre ans - c’est l’équivalent de l’ensemble de la Marine nationale ou de la Royal Navy ou bien encore de la flotte militaire japonaise que les chantiers navals chinois ont lancé à la mer.

Peu importe de savoir que le nombre ne fait pas encore la qualité notamment technologique ; que nombre de bâtiments de guerre de l’APL ne maîtrisent pas encore l’intégration atteinte par leurs homologues occidentaux et qu’ils demeurent bruyants. S’y ajoutent les savoir-faire tactico-opérationnels qui sont loin d’être acquis (en matière aéronavale par exemple), et qui demanderaient une... guerre pour être validés. Opération Red sea montre cependant le nouveau visage de la Marine chinoise et, bien plus, celui des ambitions maritimes de l’Empire du Milieu. La modernité des bâtiments et de ses systèmes d’armes sont mis en valeur, quand bien même cette marine n’apparaît pas encore très aéronavalisée (dans le film) au-delà de l’utilisation d’hélicoptères et de drones. Toujours est-il que la marine de guerre chinoise est désormais portée au grand écran dans une configuration d’intervention qui n’est plus régionale mais désormais mondiale vue de Pékin (1). Et cela est une réalité (2).

__________

  1. Cf. DUCHÂTEL (Mathieu), « La protection des ressortissants à l’étranger, un puissant vecteur de transformation de la politique extérieure chinoise », in EKMAN (Alice) (dir.), La Chine dans le monde, Paris, CNRS Éditions, 2018, pp. 239-261.
  2. Cf. EUDELINE (Hugues), « Objectifs politiques de la Chine et stratégie maritime », in Revue Défense Nationale, n° 839, avril 2021.​

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