Bandeau
Éducation à la Défense et à la Sécurité nationale
Site non officiel

Un site dédié à l’Éducation à la Défense, à l’enseignement de défense et au développement de l’Esprit de défense à l’École depuis 2017.

Le MRCV Victory
Article mis en ligne le 22 octobre 2025
dernière modification le 27 janvier 2026

par Nghia NGUYEN

(Source - Ministère de la Défense de Singapour)

 

Gardienne d’une entrée (ou d’une sortie c’est selon) du détroit de Malacca, la cité-État de Singapour n’est pas en reste en matière d’effort de guerre navale. Le mardi 21 octobre 2025, sa marine a lancé un nouveau bâtiment de type Multi-Role Combat Vessel (MRCV) destiné à remplacer une flotte vieillissante de corvettes lance-missiles (classe Victory, 6 unités). Que ce remplacement voit une classe ultra-moderne de 8000 tonnes l’unité remplacer une autre de 600 tonnes l’unité laisse mesurer l’ampleur du bond effectué par la marine singapourienne.

Le MRCV Victory - numéro de coque 88 – marque d’emblée une étape importante pour les constructions navales de Singapour (ST Engineering Marine) dont c’est le plus grand navire militaire à ce jour construit. Avec une mise sur cale en mars 2024, cette construction a été rapide pour un temps de paix (moins de vingt mois), et l’entrée en flotte est prévue pour 2028. Ce nouveau Victory est un bâtiment de guerre de 150 m de long et de 21 m de large. Disposant d’une vingtaine de jours d’autonomie en mer, il déplace 8000 tonnes ce qui le rapproche davantage des destroyers américains de la classe Arleigh Burke Flight I que des FREMM ou FDI (1) de la Marine nationale. Conçue nativement sur un modèle furtif avec une mâture intégrée et des équipements européens, français et israéliens, le MRCV peut atteindre une vitesse de navigation supérieure à 22 nœuds pour un rayon d’action de 7000 nautiques. Bien armé (2), il déploiera notamment une gamme de missiles antiaériens (ASTER et MICA) à partir de 32 cellules de lancement verticales (VLS) situées vers la proue.

Surtout, le MRCV Victory rend compte de l’avance singapourienne en matière de drones navals (3). Conçu comme un porte-drones (Unmanned Systems Mothership), le bâtiment montre une capacité d’accueil spécifique à la mise en œuvre de systèmes autonomes navals (4). Occupant une place importante, ces derniers nécessitent une capacité de stockage, d’entretien et de rechargement ainsi que des accès particuliers pour leur mise à l’eau et leur récupération. Ces dernières opérations, notamment par mer agitée, constituent l’un des problèmes majeurs actuels du déploiement de drones navals qu’ils soient de surface ou sous-marins (5).

Disposant d’un vaste hangar central ouvrant sur des baies latérales permettant la mise à l’eau de drones de surface de grandes dimensions (USV), le MRCV est aussi équipé de deux rampes en poupe pour les mêmes opérations pour d’autres types de drones notamment sous-marins (UUV). Une plateforme située à l’arrière du bâtiment déploiera des drones dans la troisième dimension (UAV). Au-delà des capacités physiques du MRCV Victory, la conception d’ensemble de celui-ci laisse surtout entendre une capacité d’intégration de systèmes autonomes qui pourront être très différents en un même lieu. Le navire devra non seulement gérer des flux et des fusions de données importants dans un espace restreint, mais il devra aussi pouvoir faire «  dialoguer  » et interfacer l’ensemble de ces systèmes.

_______________

  1. Cf. La première FDI – Amiral Ronar’ch – est entrée en flotte à Brest le 17 octobre 2025.
  2. Cf. Avec le canon italien STRALES de 76 mm à tir rapide (conduite de tir Sea Fire de THALES) et le canon téléopéré israélien Mk30-C RWS Typhoon (Rafael).
  3. Cf. Depuis le début de l’année 2025, la marine singapourienne déploie une flotte de patrouilleurs furtifs à l’entrée du détroit de Malacca. Ces patrouilleurs sont des USV MARSEC (Maritime Security) filant à 25 noeuds avec une autonomie de 36.00 heures. Navigant de manière autonome, ils peuvent aussi être pris en main de la terre (Remotely Piloted Vessel), notamment pour l’utilisation de la mitrailleuse téléopérée de 12,7 mm. Leur mise en oeuvre est adaptée à la surveillance d’un trafic maritime particulièrement dense et concentré en cette région du monde.
  4. Cf. FMES [en ligne]. PELLIARD (Jean-François), «  L’intégration des drones navals dans une marine de combat : une dynamique plus complexe qu’il n’y paraît  », 16 mai 2025, 8 p. Disponible sur https://fmes-france.org/lintegration-des-drones-navals-dans-une-marine-de-combat-une-dynamique-plus-complexe-quil-ny-parait/ [consulté le 22 octobre 2025].
  5. Cf. C’est la problématique des Launch and Recovery Systems (LARS) qui, aujourd’hui, opèrent par un état de mer 3 (mer peu agitée). L’objectif est de réussir à les adapter à des états de mer 4 (agitée) ou 5 (forte avec des creux entre 2,5 et 4 m). Lire aussi Mer et Marine [en ligne]. GROIZELEAU (Vincent), «  Déploiement d’embarcations et de drones : gros plan sur le LARS des Chantiers de l’Atlantique  », 16 juin 2022. Disponible sur https://www.meretmarine.com/fr/construction-navale/deploiement-d-embarcations-et-de-drones-gros-plan-sur-le-lars-des-chantiers-de [consulté le 22 octobre 2025].

 

USV MARSEC (source - Ministère de la Défense de Singapour)