
Les travaux de Pierre VALENTIN et de Jean-François BRAUNSTEIN (1), entre autres (2), avaient déjà ouvert la voie à une étude approfondie de l’idéologie woke. Voici que paraît ce 30 avril 2025 un nouvel ouvrage qui enfoncera le clou, et qui le fera d’autant mieux que le livre aura fait l’objet d’une véritable tentative de censure de la part de personnalités comme Patrick BOUCHERON ou de médias de gauche à forte résonance : Libération, Le Monde, Le Nouvel Obs. Face à l’obscurantisme woke (3) s’est ainsi vu offert la meilleure des tribunes avant même sa parution, annoncée puis dénoncée avant d’être finalement assumée par la prestigieuse maison d’édition des Presses Universitaires de France (PUF). Les pressions subies par les auteurs, les hésitations voire la pusillanimité de Paul GARAPON (le directeur des PUF) et la polémique ayant précédé sa parution ne pourront mieux dire que le Wokisme existe réellement, qu’il est puissamment installé dans les institutions universitaires et médiatiques, et qu’il est en soi porteur d’une volonté d’hégémonie culturelle si ce n’est d’un véritable totalitarisme.
Œuvre d’un collectif de 26 universitaires et de chercheurs dirigés par la professeure de littérature comparée, Emmanuelle HÉNIN, le professeur en langue et littérature françaises du Moyen-Âge, Xavier-Laurent SALVADOR (4) et l’historien Pierre VERMEREN, Face à l’obscurantisme woke étudie l’emprise hégémonique et la terreur idéologique exercées par le Wokisme dans le milieu universitaire. Le livre explique cette situation par le désengagement de la puissance publique de la recherche, et son remplacement par les instances de l’Union européenne qui imposent de manière systématique – à travers une stratégie de financement par exemple – les thèmes sociétaux liés au genre, à la race, aux minorités…
Fruit de plusieurs années d’observation rigoureusement documentées et circonstanciées, Face à l’obscurantisme woke montre à travers un éclairage pluridisciplinaire combien l’idéologie intersectionnelle a réussi à s’installer dans les esprits, faisant valoir un discours « scientifique » – notamment sur les questions de sexe et de genre – alors qu’il est en fait l’exact inverse à savoir un discours idéologique et militant, anti-scientifique dans sa démarche et ses méthodes. D’où le choix du mot « obscurantisme » dans le titre de l’ouvrage.
Les auteurs – parmi lesquels on trouvera des sommités tels que Pierre-André TAGUIEFF, Nathalie HEINICH, Sami BIASONI, Florence BERGEAUD-BLACKLER… - n’ont au fond guère de mal à mettre en lumière les contradictions voire les antinomies du Wokisme. Cependant, la faiblesse intellectuelle de ce dernier n’a d’égal que le danger qu’il représente auprès des jeunes générations (notamment étudiantes) par sa capacité à susciter colère et émotion, notamment lorsque l’on connaît les origines culturelles de cette idéologie ainsi que sa dimension religieuse comme le souligne Pierre VERMEREN.
Fondé sur le concept d’intersectionnalité théorisé par la juriste afro-américaine Kimberle W. CRENSHAW, le Wokisme fait converger les luttes des minorités » (sexuelles, ethniques, sociales…) ou de ce qu’il désire présenter comme les « dominés », d’où sa dimension polysémique et contradictoire entre les différentes luttes qui le constituent (5). D’où la difficulté aussi à le définir simplement ce dont profitent pleinement ses partisans toujours prompts à dire qu’il n’existe pas si ce n’est en tant qu’épouvantail agité frénétiquement par une droite conservatrice et réactionnaire et par l’extrême droite.
Non seulement le Wokisme existe bel et bien - ce que démontre cette étude fouillée et désormais incontournable sur le sujet – mais il est plus que jamais à considérer comme un néo totalitarisme du fait de sa volonté 1- à substituer le discours militant à la démarche scientifique 2- de déconstruire cette dernière et 3- à faire taire toute opposition intellectuelle (cancel culture). Ce que les universitaires, auteurs du livre en question, ont directement vécu. Porté par le dévoiement des sciences humaines et sociales, le Wokisme est dans son aboutissement une déconstruction en règle de l’anthropologie sur laquelle est fondée notre civilisation. En ce sens, il est l’antithèse de l’Esprit de défense ainsi qu’une menace directe pour l’équilibre social et la paix civile.
Face à l’obscurantisme woke est donc un livre salutaire que le plus grand nombre a tout intérêt à lire afin non seulement de s’armer intellectuellement mais aussi de faire acte de résistance.
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- Cf. VALENTIN (Pierre), Comprendre la révolution woke, Gallimard, 2023, 224 p. et BRAUNSTEIN (Jean-François), La religion woke, Grasset, 2022, 288 p.
- Cf. La bibliographie Esprit de défense.
- Cf. HÉNIN (Emmanuelle), SALVADOR (Xavier-Laurent), VERMEREN (Pierre) dir. Face à l’obsurantisme woke, Paris, PUF, 2025, 464 p.
- Cf. Xavier-Laurent SALVADOR est le fondateur de l’Observatoire d’Éthique Universitaire anciennement Observatoire du Décolonialisme et des Idéologies identitaires.
- Cf. Un exemple pourra être cité à travers l’affrontement entre les mouvements féministe et transgenre. MOUTOT (Dora) et STERN (Marguerite), Transmania. Enquête sur les dérives de l’idéologie transgenre, Magnus, 2024, 398 p.
SOMMAIRE
I- La subversion des institutions
- Wokisme : les raisons d’un succès (Nathalie HEINICH)
- Wokisme et "panique morale" : du déni des phénomènes à l’évitement du débat (Sami BIASONI)
- L’institution scolaire à l’heure de la dénonciation des "codes de la culture dominante" (Xavier-Laurent SALVADOR)
- La fabrique d’une utopie et son imposition totalitaire (Céline MASSON)
- Des Lumières à l’éveil : accords et désaccords entre le libéralisme et l’idéologie woke (Pierre VALENTIN)
- Le wokisme des grandes entreprises mondialisées au XXIe siècle : pourquoi et jusqu’où ? (Michel ALBOUY)
- Le CSA, temple caché du wokisme ? Décryptage du "baromètre de la diversité" (Vincent TOURNIER)
- Le christianisme est-il soluble dans le wokisme ? (André PERRIN)
II- Sciences sans conscience
- Programmés pour se tromper ? La nature humaine et l’idéologie (Samuel FITOUSSI)
- La science occidentale en procès : wokisme, constructivisme et obscurantisme (Nicolas WEILL-PAROT)
- L’université contre Darwin. Le déni de la biologie et de la théorie de l’évolution dans les sciences sociales (Léonardo ORLANDO)
- Idéologie, science et pratique biomédicale (Andréas BIKFALVI)
- L’emprise idéologique en sciences : l’oncologie clinique, un cas d’école ? (Joseph CICCOLINI)
- La psychologie clinique à l’ère de la morale totale (Florent POUPART)
- Situation des Lettres à l’Université (Claude HABIB)
- Post-modernisme et dogmatisme woke triompheront-ils de la démarche ? (Claire LAUX et Xavier LABAT-SAINT-VINCENT)
III- Fracturations identitaires
- De l’identité à l’identitarisme : une dérive idéologique non sans effets sociopolitiques (Michel MESSU)
- Comment intégrer les enfants d’immigrés par temps d’ignorantisme ? (Pierre VERMEREN)
- Wokisme, de l’intersectionnalité au multiculturalisme : l’enterrement de l’égalité (Guylain CHEVRIER)
- Identité, délinquance et radicalisme islamiste : des liens profonds à comprendre (Tarik YILDIZ)
- Le voilement, instrument du "système-islam" (Florence BERGEAUD-BLACKLER)
- De la dhimmitude volontaire (Renée FREGOSI)
- Les biais militants dans le traitement des inégalités entre hommes et femmes (Cyrille GODONOU)
Épilogue - Plaidoyer pour l’universalisme (Pierre-André TAGUIEFF)